Cycle des conférences du CRASC: Les tribus et le tribalisme en Afrique

Animée par Abdel Weddoud OULD CHEIKH, Professeur de sociologie CNRS - Paris.
Le mercredi 14 septembre 2016 à 14h00.
(Au siège du CRASC).
Le terme "tribu", naguère considéré comme un outil conceptuel de l'anthropologie tout à fait recevable, n'a plus de nos jours très bonne presse auprès des professionnels de cette discipline. La charge classificatoire, la connotation de "primitivisme" qu'il charrie, lui valent aujourd'hui, comme du reste à celui - voisin - "d'ethnie", une forte suspicion, sinon un rejet parmi les anthropologues. Pour le "grand public" et pour la presse, il continue cependant à être largement utilisé. De nombreux conflits à travers la planète (au Maghreb, en Afrique subsaharienne, au Moyen Orient...) sont imputés à des protagonistes qualifiés de "tribus". Et le "tribalisme", la vigueur de certaines confrontations réputées basées sur des solidarités de proximité à base parentale ou pseudo-parentale, sont souvent présentés comme une pathologie des mobilisations politiques dans un contexte d'universelle hégémonie du modèle de l'Etat-nation idéalement administré par des bureaucraties "webériennes".
Dans le propos que je compte développer je reviendrai d'abord sur quelques éléments d'histoire du concept de tribu en anthropologie. Je m'arrêterai ensuite sur les notions de qabîla et de ‘asabiyya chez Ibn Khaldûn, particulièrement parlantes, m'a-t-il semblé, pour le monde du Sahara occidental où j'ai effectué mes recherches de terrain. je m'interrogerai en dernier lieu sur le thème du tribalisme, essentiellement à partir des terrains africains qu'il m'est arrivé de fréquenter.