Manifestation scientifique

Vivre Avec La Pandémie Covid-19 à Oran
Vivre Avec La Pandémie Covid-19 à Oran
Type
Conférence
date
21/09/2020
heure
09:30
lieu
CRASC
Thématique :
Santé publique et société
Mots-clés :
santé pandémie qualité de vie bien-être
Résumé
Les mots, les métaphores et les propos des personnes sont essentiels pour comprendre les sens attribués à la pandémie Covid-19 à Oran. Les sens du mal sont importants à mettre en exergue. Ils traduisent les rapports des individus à la société et au politique. Seule une recherche socio-anthropologique centrée sur l’écoute attentive de la personne, pouvait nous permettre de prendre distance avec les certitudes, les jugements moraux et les étiquetages rapides sur la façon de se comporter vis-à-vis de la pandémie (« inconscience », « indiscipline », etc. La rigueur scientifique est déployée à partir d’une enquête qualitative plus soucieuse de la qualité des mots que de la représentativité. Elle a concerné 29 entretiens approfondis menés dans les quartiers d’Oran après des personnes de conditions sociales et culturelles diversifiées. Elle a permis de relever les éléments récurrents suivants :
-Une obsession cognitive : La pandémie Covid-19 déconstruit l’idée formulée a priori que les personnes seraient dans l’insouciance informationnelle. On assiste au contraire à la quête constante d’informations avant tout auprès des proches parents et des amis à qui l’on fait plus confiance. Les réseaux sociaux sont aussi mobilisés dans une logique de captation active des données sur le virus, et d’échanges passionnés avec son entourage familial, durant le premier temps de la pandémie. : « Informé par le grand frère… il est branché ».
-Vivre avec la pandémie : la peur, l’ennui et l’isolement social : Vivre avec la pandémie, c’est faire face à des secousses relationnelles puissantes : s’interdire d’embrasser sa mère, se forcer à manger seul, rentrer très tard le soir, tenter d’éviter les gestes affectifs. L’ennui semble prédominer : « J’en ai assez du portable et d’internet ». Le confinement a été identifié à une « prison » pour les plus démunis, et une modalité sociale pour les personnes socialement plus favorisées, leur permettant d’assurer une multitude d’activités sociales et culturelles.
Le masque : étouffement, mimétisme et usages différenciés selon les situations : Le masque est rarement utilisé de façon rigoureuse et continue. Il est plus de l’ordre de l’aléatoire selon les situations et les espaces. « Je ne peux pas le garder à 100% ». Les interactions de confiance et de proximité sociale entre les amis, sont une opportunité pour se défaire immédiatement du masque. Le mimétisme semble prégnant : reproduire à l’identique les gestes de son ami, pour s’inscrire dans une logique de virilité, dans le but de ne pas perdre la face.
Une gestion de la pandémie opaque, discontinue et sans concertation : La gestion du Covid-19 est caractérisée par des injonctions discontinues marquées par des soubresauts qui déroutent plus qu’ils ne sécurisent. Elles leur semblent peu intégrées à une stratégie explicite, concertée et élaborée dans un souci pédagogique qui redonne sens à l’invention démocratique, seule à même de mobiliser la population. « On nous donne des ordres et c’est tout » ou alors : « Kawrona » : « ils nous tournent en bourrique ».
Participants
Mohamed MEBTOUL
Mohamed MEBTOUL
intervenant
Biographie
professeur de sociologie de l'Université Oran 2, et chercheur associé au GRAS (Unité de recherche en Sciences Sociales et Santé)
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