Manifestation scientifique

Les hommes de vertu et de générosité : tolérance et coexistence pacifique dans les expériences spirituelles
Les hommes de vertu et de générosité : tolérance et coexistence pacifique dans les expériences spirituelles
Séminaire National
25/05/2026 14:00 CRASC
Division imaginaires et processus sociaux
thematiques
Champ religieux et formes de religiosité
Résumé
Résumé du séminaire:
Cette table ronde propose d’explorer, de manière nuancée, la façon dont les traditions spiri-tuelles — en particulier le soufisme dans ses contextes islamique et chrétien — repensent la rela-tion à l’Autre au cœur de la vie sociale. Elle s’organise autour d’une interrogation essentielle : le soufisme se limite-t-il à promouvoir un discours moral sur la tolérance, ou bien offre-t-il des manières concrètes de vivre la différence et de construire une coexistence pacifique au quotidien ? L’idée directrice est que, loin de se réduire à une simple acceptation de l’autre, la tolérance y devient une relation vivante, à la fois éthique et existentielle, qui s’incarne dans les pratiques sociales.
Dans cette perspective, la tolérance n’est pas comprise comme une attitude passive consistant à « supporter » la différence, mais comme une manière active de la repenser pour éviter l’exclusion. De même, la coexistence pacifique ne se réduit pas à l’absence de conflit : elle se construit dans les gestes ordinaires, à travers la générosité, la médiation et la reconnaissance concrète d’autrui. Les réflexions philosophiques éclairent cette dynamique. Ainsi, chez Ibn ‘Arabî, la tolérance s’enracine dans une vision de la vérité qui conjugue unité et diversité : une même origine, mais des manifestations multiples. Cette conception permet d’accueillir la diffé-rence sans la nier, ouvrant la voie à ce que l’on pourrait appeler une « tolérance existentielle ». À l’inverse, chez Augustin, la paix repose sur un « ordre de la charité », où l’harmonie naît d’un agencement des relations centré sur une vérité spirituelle unique, laissant place à une forme de coexistence plus encadrée.
Mais ces idées ne restent pas abstraites. Les expériences spirituelles montrent que la tolérance et le vivre-ensemble se construisent aussi dans les pratiques : le dhikr, le samā‘, ou encore l’hospitalité ne sont pas de simples rituels, mais des moments où se tissent des liens, où les fron-tières entre soi et l’autre deviennent plus souples. Elles donnent naissance à de véritables « communautés sensibles », où la paix se vit comme un style de vie, fait de pardon, d’accueil et d’ouverture.
Dans ce sens, la spiritualité apparaît comme un puissant facteur de cohésion sociale. Elle nourrit des formes de solidarité, au sens d’Émile Durkheim, et participe à apaiser les tensions. Elle gé-nère également un capital symbolique fondé sur la reconnaissance morale et la générosité, comme l’a montré Pierre Bourdieu. Les « hommes de vertu et de générosité » y jouent alors un rôle essentiel : ils transmettent des valeurs, perpétuent une mémoire de l’amour et agissent comme médiateurs au sein de la société.
Ainsi, l’expérience spirituelle ne produit pas seulement un discours sur la tolérance : elle donne forme à une manière de vivre ensemble, où la différence est intégrée plutôt qu’exclue, et où la paix devient une pratique quotidienne.
Cependant, il convient de garder une certaine distance critique. Ces formes de coexistence res-tent liées à des contextes historiques et sociaux particuliers. Elles ne reposent pas sur les cadres juridiques et philosophiques abstraits des sociétés modernes, mais sur des équilibres éthiques et symboliques parfois fragiles et évolutifs. D’où une question importante : dans quelle mesure ces expériences peuvent-elles inspirer, aujourd’hui, des modèles plus institutionnalisés du vivre-ensemble ?
Participants
Djilali EL MESTARI
Djilali EL MESTARI
Modérateur