Manifestation scientifique

L’école en Algérie aujourd’hui : Enjeux des manuels scolaires, des écoles privées et des cours de soutien
L’école en Algérie aujourd’hui : Enjeux des manuels scolaires, des écoles privées et des cours de soutien
Séminaire National
15/06/2026 16/06/2026 09:00 CRASC
Division anthropologie de l'éducation et systèmes de formation
thematiques
L’école et ses acteurs
Résumé
Le séminaire national « L’école en Algérie : enjeux des manuels scolaires, des écoles privées et des cours de soutien » s’appuie sur des études de terrain et des débats menés dans le cadre des projets de la Division de recherche sur l’anthropologie de l’éducation et les systèmes de for-mation.
Le premier axe de cette manifestation traite du contenu des manuels scolaires dans les disci-plines des sciences sociales et humaines, de l’évolution de leurs thématiques et des tensions qu’elles ont suscitées entre les différents acteurs, au sein et en dehors du système éducatif.
Le deuxième axe aborde les écoles privées relevant de l’éducation nationale (acteurs, publics, demande sociale, rapport public/privé, etc.), ainsi que les modalités de leur création et de leur développement à l’échelle locale.
Quant au troisième axe, il s’intéresse au phénomène des « cours de soutien parallèles » ou cours particuliers, à leurs formes, à leurs causes, ainsi qu’aux positions officielles et sociétales à leur égard.
- Premier axe : Les manuels scolaires dans les disciplines des sciences sociales et humaines : contenus et enjeux
Si l’on examine les principales thématiques ayant structuré le contenu des manuels de langues, de sciences sociales et de sciences humaines aux différents cycles scolaires, on constate qu’elles s’articulent autour de plusieurs dimensions : l’identité nationale, la langue, la culture et le patrimoine local, le discours mémoriel, le colonialisme et la guerre de libération nationale, la construction de l’État et le renforcement du sentiment d’appartenance, la modernisation et les problématiques du développement, les enjeux mondiaux et les relations régionales, sans oublier les questions relatives à la citoyenneté, aux droits de l’homme, à la diversité culturelle, à la protection de l’environnement, à la démocratie, à la tolérance, à l’égalité et à la pensée critique..
On observe, selon les périodes, une diversification plus ou moins importante des thèmes abordés, marquée par des avancées dans certains domaines et des reculs dans d’autres. De nombreux débats, voire des tensions, apparaissent également autour de questions telles que la hiérarchie des langues nationales et étrangères, le récit national et les mémoires locales, les valeurs religieuses, la culture mondiale et la modernité technologique, les questions de genre et les discours sur l’égalité, ainsi que les contenus des textes littéraires, philosophiques et religieux. À cela s’ajoutent les divergences relatives aux limites de la stimulation de la pensée critique et à la préférence accordée aux compétences de compréhension plutôt qu’à la mémorisation dans les pratiques pédagogiques mises en œuvre à travers les contenus des manuels scolaires.
Sur la base de ces constats, il nous paraît pertinent de revenir sur l’évolution des thématiques abordées dans ces manuels, ainsi que sur les enjeux et les débats, tant épistémologiques que sociopolitiques, suscités par le choix de certains contenus. Cette réflexion ouvre également une perspective comparative permettant d’interroger les tournants majeurs qu’ont connus les contenus scolaires dans les espaces maghrébins, africains et méditerranéens à travers ce type de supports pédagogiques.
Dans cette perspective, cet axe propose d’aborder les questions suivantes : comment les thématiques des sciences sociales, des sciences humaines et des langues ont-elles évolué à l’école à travers les contenus des manuels scolaires ? Quelles sont les caractéristiques du discours pédagogique dans ces disciplines ? Quel rapport entretient-il avec les transformations locales et les répercussions des changements mondiaux ? Quels enjeux épistémologiques, pédagogiques et socioculturels ont marqué le contenu de ces manuels ? Quelles sont les modalités d’adoption de ces ouvrages et les critères de leur évaluation ? Quels sont les principaux débats et réserves suscités par leurs contenus et ayant provoqué des polémiques entre différents acteurs et élites ? Enfin, quels sont aujourd’hui les nouveaux défis auxquels est confrontée l’industrie du manuel scolaire dans le contexte des transformations numériques et des nouvelles formes d’apprentissage interactif ?
- Deuxième axe : les écoles privées en Algérie : acteurs, enjeux de fondation et modes de gouvernance
Cet axe porte sur les écoles privées, qui constituent une nouvelle forme d’établissement d’enseignement et suscitent un intérêt croissant de la part des familles ayant renoncé à l’enseignement gratuit proposé par l’école publique. Les statistiques montrent en effet une augmentation continue de leur nombre. Alors qu’elles étaient peu nombreuses au lendemain des décrets et des décisions encadrant leur création en 2004-2005, et concentrées dans quelques grandes wilayas, elles se sont progressivement développées pour atteindre environ 680 établissements au cours des deux dernières années.
Le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle a déjà supervisé plusieurs études consacrées à ce type d’établissements, notamment le projet national de recherche (PNR) intitulé « L’enseignement privé en Algérie : réalités et perspectives » (2012-2013), ainsi que le projet de recherche institutionnelle « Les écoles privées d’éducation nationale : sélectivité et qualité de la formation » (2020-2024). Les résultats préliminaires de ces recherches ont révélé des formes de sélectivité et d’hétérogénéité au sein de ces établissements. Cette hétérogénéité apparaît aussi bien dans les parcours et profils des acteurs — fondateurs, gestionnaires et enseignants — que parmi les élèves et leurs familles. Nous faisons l’hypothèse que cette sélectivité est principalement déterminée par les origines sociales et culturelles, ainsi que par les orientations intellectuelles et idéologiques des différents acteurs concernés.
Nous abordons cette question à partir du constat que les études menées à l’échelle nationale sur l’essor des écoles privées demeurent encore limitées en raison du caractère relativement récent de cette évolution. Les recherches existantes se sont principalement intéressées au cadre réglementaire et juridique de ces établissements, aux règles qui les régissent, au degré de satisfaction des parents d’élèves ainsi qu’à leur relation avec les transformations sociales et culturelles.
Dans ce cadre, ce volet se propose d’examiner les différentes formes que prennent aujourd’hui les écoles privées en Algérie afin de mettre en lumière les dynamiques qui sous-tendent leur émergence et leur expansion géographique, les facteurs de réussite ou d’échec de certaines expériences, les enjeux liés à leur gouvernance, ainsi que les modèles pédagogiques qui orientent le choix de ces établissements.
- Troisième axe : les cours de soutien et les cours particuliers : l’autre visage de l’éducation et de l’enseignement en question
Le troisième axe porte sur la question des cours de soutien et des cours particuliers en Algérie. Il s’intéresse aux processus de constitution de leur « caractère structurel », devenu aujourd’hui une caractéristique marquante de l’ensemble des cycles de l’éducation et de l’enseignement dans le pays, bien que selon des intensités et des configurations sociologiques variables. Les observations de terrain révèlent en effet une pluralité de formes de ce phénomène, qui se dis-tinguent tant par les initiatives individuelles que par les modalités institutionnelles qui les en-cadrent, ainsi que par la nature de leur suivi, en présentiel ou à distance.
Nous considérons que le phénomène des cours particuliers met en lumière certaines des trans-formations profondes que connaît aujourd’hui le système éducatif algérien et auxquelles l’école publique se trouve confrontée. Il interroge notamment des notions centrales telles que l’équité éducative, la gratuité de l’enseignement, la conception de l’éducation comme service public ou encore comme mission sociale. Cette problématique apparaît avec une acuité particu-lière lorsqu’elle est associée à la réussite scolaire et à sa qualité, lorsqu’elle est envisagée comme un espace de rattrapage pédagogique, ou encore lorsqu’elle se transforme en méca-nisme éducatif et social jugé « indispensable » dans les logiques contemporaines de concur-rence scolaire. Les résultats académiques, qui conditionnent largement les trajectoires de for-mation et les débouchés professionnels — notamment dans le cas des titulaires du baccalau-réat — en constituent un indicateur significatif. Au-delà de ces dimensions, le caractère struc-turel du phénomène offre également un cadre pertinent pour interroger les relations entre la société, l’éducation et l’institution scolaire dans un contexte marqué à la fois par les transfor-mations générationnelles et par l’essor du numérique.
Ce caractère structurel, qui fait aujourd’hui l’objet de nombreux débats scientifiques fondés sur des enquêtes empiriques, soulève plusieurs interrogations majeures : comment expliquer et comprendre la structuration de ce phénomène ? Quels sont les indicateurs qui permettent d’identifier la demande sociale émanant des différents acteurs concernés ? Comment appré-hender ses effets sur l’analyse de notions opératoires qui nourrissent les débats contemporains autour de la qualité de l’enseignement dans l’école publique, de l’équité éducative, des besoins pédagogiques des élèves, du marché parallèle des cours particuliers, des inégalités éducatives entre groupes sociaux ou encore des compétences professionnelles des acteurs de l’éducation ?
Le phénomène constitue également une entrée privilégiée pour examiner la nature, l’évolution et les recompositions du « pacte social » qui a historiquement permis l’ascension sociale par le biais de l’école publique gratuite et offert à ses bénéficiaires des perspectives de mobilité pro-fessionnelle. Si certaines recherches (Darras, 2014) soulignent que certaines formes de réussite sociale ne sont plus nécessairement corrélées à la réussite scolaire — comme en témoigne no-tamment la crise de l’emploi qualifié chez les jeunes diplômés universitaires —, comment ex-pliquer alors l’augmentation continue de la demande de cours particuliers ? Comment com-prendre l’expansion de ce marché parallèle de l’éducation ?
Il convient de rappeler que ce phénomène, parmi d’autres, a déjà fait l’objet de rapports offi-ciels et de propositions ministérielles visant à apporter des réponses à la fois réglementaires et pédagogiques afin de faire face à certaines difficultés du système éducatif, notamment l’abandon progressif de la fréquentation des établissements scolaires publics et le phénomène des absences dans les classes d’examen.
Conçu sous la forme d’un atelier de réflexion et de discussion, le troisième axe vise à pour-suivre le débat scientifique autour de cette question et à interroger ses différents acteurs afin de mieux comprendre les transformations de longue durée qui affectent les relations entre l’école, la famille et la société en Algérie. Nous estimons que les échanges scientifiques fondés sur la diversité des approches théoriques et conceptuelles ainsi que sur les comparaisons inter-nationales constituent une opportunité majeure pour élaborer de nouvelles perspectives de re-cherche, notamment à travers la conception de projets d’enquête de terrain capables de pro-duire des données actualisées, rigoureuses et professionnelles sur ce phénomène. Une telle démarche permettrait de l’analyser et de l’interpréter au-delà des discours du sens commun, souvent davantage producteurs d’approximations que de connaissances scientifiques.

Coordination : Fouad NOUAR - Djilali ELMESTARI – Abdelwahab BELGHERRAS – Mustapha MEDJAHDI – Hind BOUAGADA