Manifestation scientifique

Le centenaire de l’Étoile nord-africaine (ENA): Retour à la genèse de la pensée indépendantiste
Le centenaire de l’Étoile nord-africaine (ENA): Retour à la genèse de la pensée indépendantiste
Séminaire National
21/06/2026 22/06/2026 09:00 CRASC
Division socio-anthropologie de l'histoire et de la mémoire
thematiques
Histoire et rapport à la mémoire nationale
Résumé
La constitution de l'Étoile Nord-Africaine (ENA) marque un changement de cap significatif dans le contexte politique algérien contemporain. L'ENA se distingue comme l'une des principales organisations politiques du mouvement national. Il s'agit du premier cadre politique structuré autour de la revendication de l'indépendance nationale, se distinguant ainsi des autres courants réformistes et intégrationnistes qui ont émergé durant cette période.
Occultée des célébrations officielles, durant de longues années, l’ENA a relativement pris place dans les médias et les milieux politiques et académiques, mais des pans entiers de son histoire restent à explorer
Fondée à Paris en 1926 au sein de la communauté des travailleurs émigrés, dans un contexte marqué par une prise de conscience politique et sociale, l’ENA, a constitué un lien de rassemblement non seulement des ouvriers, commerçants et syndicalistes, également des milieux étudiants et intellectuels.
Au commencement, la présidence a assurée par Abdelkader Hadj Ali, puis. Messali Hadj s’est affirmé comme l’un des principaux leaders, avant de devenir le chef charismatique du mouvement à partir de 1927. Dans sa phase initiale, l’ENA regroupait des membres maghrébins provenant d’Algérie, de Tunisie et du Maroc, elle s’est ensuite transformée en une organisation algérienne, tout en restant fidèle aux principes de solidarité et d’unité dans la lutte pour l’indépendance. Par ailleurs, les relations entre les nationalistes maghrébins ont perduré à travers des contacts permanents pour la défense d’une cause commune.
Le principe du combat nord-africain pour l’égalité, la dignité et la lutte anticoloniale, était au centre de ses fondements. Moins d’un an après sa création, à l’occasion du congrès anti-impérialiste de Bruxelles (février 1927), l’indépendance est proclamée, pour la première fois dans une tribune internationale par Hadj Messali. C’est un fait qui va marquer la conscience nationale
Cette rencontre organisée par le CRASC à l’occasion du centenaire de l’ENA, se veut l’occasion de revisiter l’histoire de l’Etoile qui, cent ans après sa naissance, continue de nourrir les débats des historiens, autour de ses leaders, sa place dans le mouvement national, ses relations avec les communistes et des autres les formations nationales (Oulémas, Élus), ainsi que l’administration coloniale.
À l'occasion du centenaire, il s'agit de mettre en lumière la richesse et la complexité de l'action de l'Étoile, de sa marque et de sa trajectoire. Cette démarche vise à éclairer les enjeux historiques, sociaux et politiques de l'Algérie des années 1920-1930, ainsi que ceux de l'immigration et de la place du mouvement national en Afrique du Nord. Il convient de souligner que son histoire mérite, malgré les travaux réalisés jusqu'à aujourd'hui, de prendre une place plus grande dans l’historiographie nationale, en investiguant (plus encore) les archives du mouvement (Commission coloniale, PCF, des ANOM, Préfectures de police, etc(.
Cette rencontre se veut tout d’abord l’occasion de (ré) interroger les conditions de la naissance de l’Etoile et l’évolution de son programme et de ses actions, avec un intérêt particulier pour ses fondateurs et principaux acteurs, organes de presse et modalités d’action.
S’il est certain que la première phase de l’activité de l’ENA a été marquée par un rapprochement notable avec le Parti communiste français, tout en bénéficiant du soutien des milieux ouvriers et syndicaux, cette orientation ne tarda pas à connaître une évolution progressive vers la cristallisation d’un projet national indépendant, dont l’objectif principal est était la réalisation de l’indépendance, tout en continuant le combat pour la liberté de la presse et d’association, des droits politiques et syndicaux…
Les revendications portées par l’ENA constituent, incontestablement, une étape majeure dans l’évolution du mouvement national. C’est pourquoi, il importe pour saisir la trajectoire du parti, de questionner le contexte de son évolution et sa structuration, en tenant compte des événements majeurs de cette décennie (en Algérie, France, Afrique du nord, pays arabes).
Dans le contexte des années 1926-1936, précédées par la Guerre du Rif, plusieurs évènements, se sont imposés à l’ENA : le 6ème congrès de la IIIème internationale (1928), sa dissolution même (1929, puis en 1937), les événements de Constantine (1934), l’arrestation de Messali et ses compagnons, Amar Imache et Belkacem Radjef en 1934, le Congrès Musulman d'Europe (septembre 1935), la victoire du Front populaire et la tenue du Congrès Musulman Algérien (1936), etc.
L’histoire de l’ENA est donc une histoire mouvementée, qui questionne les conditions mêmes de l’évolution sociale, politique et économique de l’Algérie, tout en maintenant son engagement avec les peuples voisins
C'est pourquoi, cette journée d’étude revêt une importance particulière, non parce qu’il est lié au centenaire de l’ENA, mais parce qu’il constitue une occasion pour appréhender son expérience, en tant que mouvement national à travers l'analyse de ses écrits et de son discours politique, l'exploration de ses références intellectuelles et son évolution, ainsi que l'étude de son réseau de relations politiques, tant au niveau national qu'international.
Nous nous proposerons donc de réexaminer ses modalités d’action et formes de mobilisation, sa contribution dynamique et multiforme de l’ENA à la formation d’une conscience nationale libre, solidaire, qui a fini, indubitablement, par marquer les nouvelles générations des militants pour la lutte anticoloniale. Nous espérons par cette rencontre dynamiser un grand nombre de contributions scientifiques autour de cette histoire unique du militantisme national et de lutte pour l’indépendance et l’unité du combat nord-africain.
Dans cette perspective, nous attendons des contributions notamment autour des modalités d’action et des formes de mobilisation de l’ENA, ainsi que sa contribution à la formation d’une conscience nationale libre et solidaire et la formation d’une nouvelle génération de militants engagés dans la lutte anticoloniale.