Manifestation scientifique

Dynamiques économiques et transformations socio-spatiales dans les zones rurales d'Algérie : perspectives et enjeux
Dynamiques économiques et transformations socio-spatiales dans les zones rurales d'Algérie : perspectives et enjeux
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Type
Séminaire National
date
05/11/2023
heure
09:00
lieu
CRASC
Mots-clés :
zones rurales développement socioéconomique société rurale sociologie facteur socioéconomique
Argumentaire
Depuis l'indépendance, et plus particulièrement ces dernières années, les zones rurales ont connu des transformations économiques, sociales, spatiales et morphologiques rapides, principalement dues à l'impact de divers programmes de développement des infrastructures publiques (éducation, santé, eau potable, assainissement, etc.) et des infrastructures et réseaux connexes (électricité, gaz, internet, etc.), ainsi que du logement (individuel et collectif).

La qualité, l'ampleur et l'adéquation des infrastructures publiques et des projets d'infrastructures en milieu rural aux besoins de la population soulèvent plusieurs questions quant aux résultats et aux conséquences des projets de développement sur les conditions de vie, les opportunités économiques et les perspectives d'emploi des individus. D'autres questions se posent quant à l'efficacité des choix effectués et de ceux encore à l'étude. Parmi celles-ci : quelle est la stratégie des projets de développement rural ? Et quels sont les modèles de développement et d'infrastructures mis en œuvre pour atteindre les objectifs fixés ?

Ces programmes ont contribué à maintenir la stabilité de la population rurale, en prévenant son dépeuplement durant la première décennie d'indépendance. Il est important de noter, dans ce contexte, que si la croissance de la population rurale a été positive, elle a été moins importante que celle de la population urbaine. En effet, la population rurale a diminué en valeur absolue pour la première fois depuis l'indépendance, à partir de 2020, après avoir dépassé les 16 millions d'habitants. Ce déclin marque-t-il le début d'un processus migratoire similaire à celui observé dans les pays européens à partir des années 1970 ? Quels sont les enjeux économiques, sociaux et régionaux de la question d'une répartition équilibrée des terres, impératif stratégique pour un pays comme l'Algérie (le plus grand pays d'Afrique) ?

L'économie rurale a profondément évolué, notamment en raison du recul considérable du poids relatif du secteur agricole dans l'économie locale (revenus et emploi). La part de la production agricole dans l'activité économique des ménages ruraux a également diminué, malgré la forte croissance de la production agricole ces dernières années. Le secteur des services (formel et informel) a pris une place prépondérante, notamment en matière d'emploi. Dans ce contexte, les ruraux peu liés à l'agriculture constituent désormais une part importante de la population, après avoir été marginalisés après l'indépendance. Cette situation nous amène à nous interroger : quelles sont les caractéristiques des ruraux qui ne travaillent pas dans l'agriculture aujourd'hui ? Quel rôle joueront-elles à l'avenir dans la dynamique des régions rurales ? Quel rôle jouent-elles actuellement, et joueront-elles à l'avenir, dans la définition des priorités et des opportunités de développement rural ?

Malgré son importance décroissante, l'agriculture demeure l'activité structurante de nombreuses régions rurales, influençant leur développement ou leur déclin et impactant leur dynamique globale. Dans de nombreuses zones des collines du nord, notamment en régions montagneuses et non irriguées, l'activité agricole ne s'est pas développée de manière significative ; elle a même connu un net déclin dans certaines zones. Les obstacles structurels et les pressions liées à l'environnement physique (climat, topographie et type de sol) ont contribué à limiter les perspectives de développement rural dans ces régions. Ce phénomène est aggravé par le changement climatique, qui a contribué à la fragilité des modèles agricoles productifs résilients à ces conditions.

Le changement climatique menace désormais toute l'agriculture pluviale dans les régions septentrionales du pays, soulevant des questions quant à la durabilité et à l'efficacité des modèles techniques et économiques de ce type d'agriculture. Les difficultés rencontrées par cette agriculture pluviale, actuellement en situation de non-adaptation, pourraient favoriser l'émergence d'autres risques susceptibles d'accentuer le désintérêt et l'abandon de tout ce qui touche à la vie rurale et à l'activité agricole dans les zones concernées. À l'inverse, les zones agricoles à potentiel et dotées de ressources, notamment les régions irriguées, connaissent un dynamisme important, comme en témoigne l'intensification du développement rural depuis le début des années 2000, en particulier dans les régions désertiques et steppiques. Plusieurs zones rurales autrefois appauvries et marginalisées participent désormais, grâce à leurs ressources en eau, à la dynamique de croissance économique, portée par un développement agricole rapide et à grande échelle, adapté à chaque situation. Cette agriculture intensive et irriguée est généralement pratiquée par des entrepreneurs agricoles qui ne sont pas exclusivement issus des zones rurales, contribuant ainsi au dynamisme de ce type d'agriculture dans certaines régions et favorisant l'émergence de réalités économiques locales d'une grande complexité. Ces dynamiques agricoles et leurs facteurs sous-jacents, ainsi que les caractéristiques et les profils des entrepreneurs opérant dans ce secteur, sont des éléments déterminants des transformations économiques et sociales des régions rurales. Elles influent également sur la durabilité des ressources naturelles, qui constituent aujourd'hui des sujets de débat dignes de recherches scientifiques.

Cette journée d'étude, fruit d'un partenariat scientifique entre le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC - Oran) et l'École nationale supérieure d'agriculture (Alger), vise à relancer le débat académique sur les espaces ruraux et les thématiques connexes dans le contexte algérien, notamment après leur déclin dans le discours scientifique. Elle a également pour objectif de créer un cadre de discussion et d'échange de connaissances entre les chercheurs de différentes disciplines qui poursuivent leurs travaux sur ce sujet. Nous espérons que ces discussions ouvriront de nouvelles perspectives de recherche dans le cadre d'une collaboration scientifique interdisciplinaire et institutionnelle sur cette thématique aux multiples facettes.
Participants
Ammar MANAA
moderateur
Hamza BACHIRI
moderateur
Biographie
Directeur de recherche en sociologie et sciences sociales. Directeur de la Division Villes et Territoires, où il contribue aux travaux de recherche sur les dynamiques sociales, le développement urbain et l’aménagement du territoire.
Brahim BENMOUSSA
Brahim BENMOUSSA
intervenant
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« Le déclin de la sociologie rurale en Algérie : des facteurs socio-politiques au contexte académique »
Depuis 2012, la sociologie rurale n'est plus enseignée comme discipline universitaire indépendante en Algérie, après y avoir existé pendant près de quarante ans. Ce déclin s'inscrit dans un contexte marqué par l'intérêt croissant des étudiants pour les sciences sociales et par des circonstances spécifiques à la production scientifique en Algérie.

Cet article analyse ce processus en examinant les éléments clés de la production de connaissances sur la société rurale algérienne après l'indépendance, et en les reliant à une évaluation de l'enseignement des sciences sociales, notamment de la sociologie, dans les universités algériennes.

L'enseignement de la sociologie révèle un lien étroit entre l'université, le pouvoir politique et la société. La tendance marquée à la « vulgarisation » des sciences sociales témoigne de profonds changements dans le statut de ces disciplines et, plus généralement, dans le statut du savoir au sein de la société, ainsi que dans la manière dont la société rurale est étudiée et perçue en Algérie.

Ainsi, la production de connaissances sur la société rurale algérienne se situe à un point de rencontre entre la « démocratisation » de l’université, le déclin du statut des sciences sociales et la stigmatisation sociale attachée à la société rurale.
Biographie
Hayette Nemouchi est une géographe et chercheure algérienne au Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle (CRASC) d’Oran. Ses travaux s’inscrivent dans le domaine de la géographie sociale, avec un intérêt particulier pour les dynamiques territoriales, les transformations urbaines et les questions foncières en Algérie. Ses recherches portent notamment sur les relations entre territoire, urbanisation et stratégies foncières, en particulier dans les espaces périurbains algériens. Elle s’intéresse également aux processus de production des territoires, aux mutations des espaces urbains et aux enjeux sociaux liés à l’aménagement territorial.
Omar BESSAOUD
Omar BESSAOUD
intervenant
Ali DAOUDI
Ali DAOUDI
intervenant
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« Développement agricole et émergence de nouvelles catégories de paysans : quel est son impact sur la dynamique rurale ? »
Au cours des trente dernières années, le secteur agricole a connu un développement sans précédent en termes d'actifs, de portée et d'impact. Ce développement est soutenu par des acteurs économiques privés, motivés par les avantages d'un marché national important et en pleine expansion pour les produits agricoles. Il est également encouragé par des choix politiques favorisant l'investissement privé dans le secteur agricole, notamment par l'ouverture de l'accès aux terres agricoles publiques et aux ressources en eau souterraine.

Outre son impact sur la production agricole, qui a connu une forte croissance, la dynamique agricole des trois dernières décennies a profondément affecté le secteur agricole et les zones rurales en général. La géographie de la production agricole a considérablement évolué, tout comme les profils socioprofessionnels des agriculteurs. De nouvelles zones de production agricole ont émergé, tandis que d'autres ont perdu de leur importance relative et absolue. Dans nombre de ces zones rurales, la dynamique économique et sociale demeure étroitement liée à l'agriculture.

Le profil des agriculteurs a également évolué. Aux côtés des figures traditionnelles de l'agriculteur familial, de l'ancien fonctionnaire devenu investisseur indépendant et du petit entrepreneur agricole, les profils d'agriculteurs de taille moyenne et de grands exploitants ont également émergé. Ces nouveaux profils d'agriculteurs révèlent des dynamiques productives, mais leurs parcours professionnels et leurs relations avec les zones rurales témoignent également de mutations structurelles en cours dans le paysage rural.

Ce document présente des graphiques illustrant l'évolution de la géographie de la production agricole et les profils des agriculteurs, notamment des nouveaux arrivants, ainsi que les liens potentiels entre ces profils et la dynamique économique des zones rurales.
Nassima TRIKI
moderateur
Tarik GHODBANI
Tarik GHODBANI
intervenant
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La région de Oulhaça et la Basse vallée de la Tafna un paysage rural typique de l’ouest algérien
Biographie
Professeur en Géographie à l'Université d'Oran 2 Mohammed Ben Ahmed-Algérie.
Abdelaziz KOUTI
Abdelaziz KOUTI
intervenant
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La région de Oulhaça et la Basse vallée de la Tafna un paysage rural typique de l’ouest algérien
Samia AKLI
Samia AKLI
intervenant
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Typologie des formes sociales d'exploitation agricole des terres étatiques dans les grands périmètres d'irrigation : cas de la Mitidja Est
Par la suite, des dynamiques informelles ont accéléré la différenciation des systèmes d'exploitation agricole, fondée sur un accès inégal aux ressources productives (eau, main-d'œuvre et financement) et aux opportunités socio-économiques (aides publiques, marchés et réseaux).

Cette étude vise à identifier et caractériser les formes sociales des systèmes agricoles dans la vaste périphérie irriguée d'El Hamiz (Mitidja Est). Une classification hiérarchique a permis d'identifier cinq types ou formes sociales de systèmes d'exploitation agricole : l'agriculture entrepreneuriale, l'horticulture maraîchère familiale, l'agriculture familiale morcelée (forme dominante), l'agriculture semi-commerciale collective restante sur les terres domaniales, axée sur la culture fruitière, et la petite agriculture individuelle, également spécialisée dans la production fruitière. De plus, au-delà de cette variation, le calcul du coefficient de Gini révèle une forte tendance à la concentration des terres irriguées entre les mains d'une minorité d'agriculteurs.
Samir REBIAI
intervenant
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Le village et ses hameaux : quand les disparités régionales définissent la pauvreté
Certains chercheurs perçoivent les espaces ruraux comme des zones de vulnérabilité et d'invisibilité sociale. Ces espaces, situés en périphérie, reflètent les crises et les problèmes d'un groupe marginalisé confronté à des difficultés quotidiennes. Dans cet article, nous abordons la question des disparités régionales à travers le prisme de la pauvreté. Notre compréhension de ce phénomène demeure incomplète, ce qui nous amène à interroger les acteurs concernés dans leur rapport à l'espace et leurs interactions avec celui-ci.

Comment un jeune homme pauvre vivant en zone rurale perçoit-il un autre jeune homme pauvre vivant en ville ? Comment la pauvreté est-elle vécue en fonction de la situation géographique, ou plutôt, de la position symbolique au sein d'une région spécifique ?

Parmi les catégories de résidents pauvres (habitant la municipalité de Sidi Khattab, objet de notre étude de terrain), on trouve : les villageois vivant à proximité des infrastructures administratives (mairie, bureau de poste, centre de santé, lycée, etc.) et des services (marché, commerces, gare routière, bains publics, salon de coiffure, etc.). On trouve également les habitants des zones rurales qui se perçoivent comme « isolés du monde » du fait de leur éloignement du centre municipal. Ces individus, connus sous le nom d’« Awlad Barra » (fils du village), sont les plus vulnérables à la marginalisation et à la discrimination. Ils subissent, selon eux, une exclusion économique et sociale par rapport aux villageois, qu’ils considèrent comme chanceux car proches des services publics et pouvant se rendre facilement au centre-ville grâce aux transports en commun.

Nous proposons également une monographie spatiale de la pauvreté à l’échelle municipale (village et hameaux environnants) afin de mettre en lumière comment les disparités régionales peuvent affecter le quotidien de ce groupe défavorisé et comment elles peuvent déterminer le degré d’exclusion, de vulnérabilité et de privation de leur « droit à leur propre territoire ».
Photos
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