Mouvement national et Guerre de libération nationale (1919-1962): trajectoires, parcours, réseaux, groupes, dynamiques de groupe(s)

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Histoire et rapport à la mémoire nationale
Résumé

Ce projet a pour objet l’étude des dynamiques de groupes dans quatre contextes « majeurs » de l’histoire contemporaine de l’Algérie (1936, 1944, 1951 et 1962) ; il s’articule autour de quatre processus socio-historiques « unitaires » : l’avènement du Front populaire et le Congrès musulman algérien (CMA, 1936), la Seconde guerre mondiale et la dynamique « Amis du Manifeste et de la liberté » (1944), le Statut de l’Algérie de 1947 et le redéploiement des partis nationalistes dans le cadre du Front algérien pour la défense et le respect des libertés (FADRL, 1951) et l’indépendance nationale et la fragmentation/recomposition du FLN/ALN à l’été 1962.

Le premier (1936) est en rapport avec l’inscription du nationalisme algérien dans une démarche politique et sociale « pragmatique », transcendant les clivages du mouvement national. S’inspirant du modèle français (rassemblement des forces de gauche), les nationalistes algériens s’organisent et constituent un groupement politique inédit. L’expérience du Congrès musulman algérien (1936-1938) renseigne sur l’importance des acteurs politiques et la mobilisation populaire autour du projet, d’où un intérêt, dans cette recherche, pour les acteurs « mé/inconnus de l’historiographie traditionnelle ». La recherche des réseaux dans ce contexte est à relier avec l’opposition/chevauchement de deux modalités du nationalisme algérien, l’un en France, porté par les travailleurs algériens immigrés, l’autre en Algérie, représenté par une nouvelle génération de responsables et militants politiques dont la formation et le parcours sont fondamentalement différents de celui des nationalistes algériens de France (élus, professions libérales, instituteurs, etc.).

Le deuxième (1944) est l’expression d’un mouvement politique et social d’une grande envergure. L’effervescence populaire autour du « Manifeste du peuple algérien » (mars 1943) montre que, en dépit de l’expérience du Congrès musulman algérien de 1936, la mise en place d’un front uni, rassemblant les différents courants du nationalisme algérien, constituait une option politique pour les partis nationalistes. La pertinence, en l’espèce, est de suivre, notamment grâce aux archives nouvellement communicables, les trajectoires et parcours des acteurs du Congrès musulman algérien de 1936 à 1944 et de retravailler sur les réseaux de cette période.

Le troisième (1951) avec la formation du Front algérien pour la défense et le respect des libertés (FADRL) est à analyser à l’aune du nouveau statut organique de l’Algérie de 1947 et son corollaire les élections générales (second collège) du 17 juin 1951. Le FADRL est pensé comme une solution d’union politique devant l’émiettement des forces du mouvement national. L’ « échec » de ce troisième regroupement rend compte de l’ « essoufflement » de la philosophie qui sous-tend le combat politique des partis nationalistes (renoncement à la violence, participation aux élections, créations de journaux, participation à la vie sociale par le biais d’associations, scoutisme, etc.). L’objet dans ce cas est comprendre les soubassements ayant permis la permanence de l’hypothèse unitaire et en même sa fragilité. Les groupes et acteurs sont à étudier dans l’optique de restituer des cheminements et trajectoires individuelles ou collectives.

Le quatrième processus (1962), quant à lui, n’est pas dissocié du mouvement national. Bien que la crise du FLN de l’été 1962 relève du temps court et de l’évènement, elle n’en reste pas, « pleinement saisissable dans la longue durée ». La formation d’alliances, de groupes (celui de Tlemcen et de Tizi Ouzou, en particulier) et le wilayisme (regroupement dans le cadre d’entités politiques régionales : les wilayas), répondent à des logiques dont les origines sont inscrites, à la fois, dans les oppositions et crises au sein du FLN/ALN entre 1954 et 1962, que dans les clivages hérités de la période du mouvement national. Les principaux acteurs de cette période se positionnant dans une optique de corporation et d’appartenance politique partisane (Centralistes, militants des anciens partis d’avant 1954 (ENA/PPA/MTLD, AOMA (Oulémas), PCA, UDMA, membres de l’Organisation spéciale du MTLD (OS), etc.). Les acteurs, groupes et réseaux sont dans une dynamique nouvelle, celle de l’indépendance. Les stratégies personnelles ou collectives, la mise en place de réseaux, de groupes d’influence, les négociations, sont inscrites dans une configuration où l’objectif n’est pas la confrontation ou la revendication de droits mais la « succession».

Problématique

Tout d’abord, je dois, pour des raisons d’éthique, préciser que le projet de recherche proposé au Conseil scientifique du CRASC de décembre 2019 est dans la continuité d’un travail que j’avais commencé dans le cadre d’une résidence scientifique à l’IMéRa de Marseille (https://imera.univ-amu.fr/), et qui a duré cinq mois (31 août 2017-9 février 2018).

Le format des Projets d’établissement (PE) au CRASC permet, à la fois, une meilleure maîtrise de cette recherche dans la durée (3 années), et la participation d’autres chercheurs de l’institution

Le projet de recherche mouvement national et Guerre de libération nationale (1919- 1962) : trajectoires, parcours, réseaux, groupes, dynamiques de groupe(s) a pour objet l’étude des dynamiques de groupes dans quatre contextes « majeurs » de l’histoire contemporaine de l’Algérie (1936, 1944, 1951 et 1962).

Il (le projet) a pour objectif d’aboutir à une recherche qui complèterait, sur certains périodes, les travaux universitaires déjà réalisés dans ce champ scientifique. A titre d’exemples, Le Maitron. Dictionnaire biographie, mouvement ouvrier, mouvement social , Récits de feu : témoignages dur la Guerre de libération nationale (Mahfoud Kaddache, 1977), 1954. La guerre commence en Algérie (Mohammed Harbi, 1984), Dictionnaire biographique des militants nationalistes algériens. Les sources du nationalisme algérien. Parcours idéologiques. Origines des acteurs. 1926- 1954 (Benjamin Stora, 1985), Socialisation politique et acculturation à la modernité. Le cas du nationalisme algérien (de l'Etoile Nord-Africaine au Front de Libération nationale, 1926-1954 (Omar Carlier, 1994), Algérie. Engagements sociaux et question nationale. De la colonisation à l'indépendance de 1830 à 1962. Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier. Maghreb (René Gallissot, 2006), L’histoire intérieure du FLN, 1954-1962(Gilbert Meynier, 2002), etc.

Le projet proposé s’articule autour de quatre processus socio-historiques « unitaires » : l’avènement du Front populaire et le Congrès musulman algérien (CMA, 1936), la Seconde guerre mondiale et la dynamique « Amis du Manifeste et de la liberté » (1944), le Statut de l’Algérie de 1947 et le redéploiement des partis nationalistes dans le cadre du Front algérien pour la défense et le respect des libertés (FADRL, 1951) et l’indépendance nationale et la fragmentation/recomposition du FLN/ALN à l’été 1962.

Le premier (1936) est en rapport avec l’inscription du nationalisme algérien dans une démarche politique et sociale « pragmatique », transcendant les clivages du mouvement national. S’inspirant du modèle français (rassemblement des forces de gauche), les nationalistes algériens s’organisent et constituent un groupement politique inédit. L’expérience du Congrès musulman algérien (1936-1938) renseigne sur l’importance des acteurs politiques et la mobilisation populaire autour du projet, d’où un intérêt, dans cette recherche, pour les acteurs « mé/inconnus de l’historiographie traditionnelle » (Claire Lemercier et Emmanuelle Picard, 2012). La recherche des réseaux dans ce contexte est à relier avec l’opposition/chevauchement de deux modalités du nationalisme algérien, l’un en France, porté par les travailleurs algériens immigrés, l’autre en Algérie, représenté par une nouvelle génération de responsables et militants politiques dont la formation et le parcours sont fondamentalement différents de celui des nationalistes algériens de France (élus, professions libérales, instituteurs, etc.).

Le deuxième (1944) est l’expression d’un mouvement politique et social d’une grande envergure. L’effervescence populaire autour du « Manifeste du peuple algérien » (mars 1943) montre que, en dépit de l’expérience du Congrès musulman algérien de 1936, la mise en place d’un front uni, rassemblant les différents courants du nationalisme algérien, constituait une option politique pour les partis nationalistes. La pertinence, en l’espèce, est de suivre, notamment grâce aux archives nouvellement communicables, les trajectoires et parcours des acteurs du Congrès musulman algérien de 1936 à 1944 et de retravailler sur les réseaux de cette période. Dans ce cadre, un travail sur le militantisme local est à réaliser en mettant en exergue le rôle des « Amis du Manifeste et de la liberté » en 1944. L’exemple de Saida et de sa région est, à ce titre révélateur, de la formation d’une conscience politique nationale à l’échelle locale ou régionale et son déploiement (Amar Mohand-Amer, 2017).

Le troisième (1951) est un processus renvoyant aux modalités de négociation du nationalisme algérien des termes d’un modus-vivendi politique et social négocié après les « massacres du 8 mai 1945 » dans le Nord-Constantinois (Amar Mohand-Amer, 2019).Aussi, la formation du Front algérien pour la défense et le respect des libertés (FADRL) est à analyser à l’aune du nouveau statut organique de l’Algérie de 1947 et son corollaire les élections générales (second collège) du 17 juin 1951. Le FADRL est pensé comme une solution d’union politique devant l’émiettement des forces du mouvement national. L’ « échec » de ce troisième regroupement rend compte de l’ « essoufflement » de la philosophie qui sous-tend le combat politique des partis nationalistes (renoncement à la violence, participation aux élections, créations de journaux, participation à la vie sociale par le biais d’associations, scoutisme, etc.). L’objet dans ce cas est comprendre les soubassements ayant permis la permanence de l’hypothèse unitaire et en même sa fragilité. Les groupes et acteurs sont à étudier dans l’optique de restituer des cheminements et trajectoires individuelles ou collectives.

Le quatrième processus (1962), quant à lui, n’est pas dissocié du mouvement national. Bien que la crise du FLN de l’été 1962 relève du temps court et de l’évènement, elle n’en reste pas, « pleinement saisissable dans la longue durée »9. La formation d’alliances, de groupes (celui de Tlemcen et de Tizi Ouzou, en particulier) et le wilayisme (regroupement dans le cadre d’entités politiques régionales : les wilayas), répondent à des logiques dont les origines sont inscrites, à la fois, dans les oppositions et crises au sein du FLN/ALN entre 1954 et 1962, que dans les clivages hérités de la période du mouvement national. Les principaux acteurs de cet période se positionnant dans une optique de corporation et d’appartenance politique partisane (Centralistes, militants des anciens partis d’avant 1954 (ENA/PPA/MTLD, AOMA (Oulémas), PCA, UDMA, membres de l’Organisation spéciale du MTLD (OS), etc.). Les acteurs, groupes et réseaux sont dans une dynamique nouvelle, celle de l’indépendance. Les stratégies personnelles ou collectives, la mise en place de réseaux, de groupes d’influence, les négociations, sont inscrites dans une configuration où l’objectif n’est pas la confrontation ou la revendication de droits mais la « succession » (Mohammed Harbi, 1980).

Bibliographie indicative

Ali Guenoun (2006), « Mémoire et guerre d’Algérie : quand des maquisards (ré)écrivent le(ur) passé », L’Année du Maghreb, I, p. 519-531.

Amar Mohand-Amer, « Le mouvement national et les évènements de mai 1945 à Saïda et dans sa région », in Ouanassa Siari-Tengour, Résistance algérienne Histoire et Mémoire 1945-1962, Projet PE CRASC, 2017.

Claire Lemercier et Emmanuelle Picard, (2012), « Quelle approche prosopographique ? », in Les uns et les autres... Biographies et prosopographies en histoire des sciences , ed. Laurent Rollet and Philippe Nabonnaud, Nancy, Presses universitaires de Nancy, p. 605-630.

Malika Rahal, L’UDMA et les Udmistes. Contribution à l’histoire du nationalisme algérien, Alger, Barzakh, 2017.

Mohammed Harbi (1980), Le FLN, mirage et réalité. Des origines à la prise du pouvoir (1945-1962 ), Paris, Éditions Jeune Afrique, p. 355-376.

Ouanassa Siari Tengour et Fouad Soufi, « Mémoires, autobiographies, biographies et témoignages 1962-2004 », in Insaniyat /إنسانيات, 25-26 | 2004, p. 273- 283.

Maisonneuve, J. (2014). Introduction. Dans : Jean Maisonneuve éd., La dynamique des groupes (p. 3-8). Paris cedex 14, France: Presses Universitaires de France.

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