Les quartiers stigmatisés et la violence en milieu urbain : cas de la ville nouvelle Ali Mendjeli à Constantine

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Villes et pratiques urbaines

Problématique

Le sujet de notre recherche actuelle s’inscrit dans la problématique de la violence urbaine dans la société algérienne, en particulier dans les villes nouvelles. Ce thème est important car il s’intéresse aux représentations et perceptions liées aux villes nouvelles et à leurs espaces sociaux. Nous avons choisi la ville nouvelle « Ali Mendjeli » à Constantine comme terrain d’étude afin d’examiner la réalité des quartiers stigmatisés (c’est-à-dire les quartiers marqués par la déviance, la criminalité, etc.). Nous estimons donc que le sujet mérite d’être étudié dans le cadre de cette problématique.

La ville est devenue le centre de nombreuses études qui ont attiré l’attention des chercheurs et penseurs de diverses disciplines, notamment en raison de l’expansion urbaine et démographique rapide, ainsi que des transformations économiques, sociales et culturelles qui l’accompagnent. La « Chicago School » aux États-Unis, dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, a fourni le cadre théorique et les références sur lesquels se basent les recherches actuelles, y compris les études urbaines. Toutefois, la croissance urbaine s’est accompagnée d’une augmentation de la violence et de la criminalité sous toutes leurs formes, au point que la ville et la violence sont devenues quasi-synonymes, et que l’on emploie souvent le terme de « violence urbaine » dans les discussions publiques sans analyse ni explication sociale approfondie du phénomène.

En Algérie, Constantine est une grande ville urbaine qui, au cours de la dernière décennie, a connu des opérations de relogement massif des populations vers la ville nouvelle « Ali Mendjeli » dans le cadre de projets de logements sociaux et de la stratégie de l’État visant à éliminer les quartiers de bidonvilles situés en périphérie, et à réduire la crise aiguë du logement due à la croissance démographique et aux migrations internes. Aujourd’hui, la ville nouvelle « Ali Mendjeli » connaît également une croissance démographique rapide et une activité interne dynamique, avec environ 350 000 habitants.

Cependant, la ville a rencontré, au début des années 2000, des problèmes liés à l’insécurité sociale causée par la violence urbaine et les conflits collectifs entre quartiers. Certains spécialistes ont alors attiré l’attention sur le contexte d’insécurité sociale et le manque de stabilité dans ces nouveaux quartiers, alors que les habitants pensaient que les conditions sociales s’amélioreraient dans les logements neufs par rapport aux anciens quartiers. Ainsi, l’hypothèse d’un transfert de la violence depuis les anciens quartiers n’a pas été prise en compte lors des relogements massifs.

Le défi majeur dans la construction de nouvelles villes et des relogements non planifiés est l’aggravation de la violence urbaine et inter-quartiers, ainsi que la propagation des problèmes sociaux et des fléaux sous diverses formes. La ville acquiert alors une stigmatisation négative qui affecte la vie sociale, le mode de vie, l’intégration sociale des habitants et les interactions entre individus. Certains quartiers qui ont connu des épisodes de violence ont acquis une image sociale particulière, comme la zone résidentielle n°14 et n°08 surnommée « New York », ou la zone n°18 et d’autres. Ces noms continuent de projeter une image négative du quartier et de ses habitants, ce qui peut contribuer à la reproduction de la violence urbaine.

La présente étude vise donc à examiner la situation des quartiers stigmatisés et leur relation avec la violence urbaine en général et la violence symbolique chez les habitants, en particulier les jeunes. Les questions de recherche incluent :

Les quartiers stigmatisés peuvent-ils être considérés comme une source de production et de reproduction de la violence urbaine ?Quelles perceptions et représentations les individus ont-ils de ces quartiers ?Quel est le rôle des associations, des comités de quartiers et de la société civile dans la valorisation du quartier et l’intégration sociale des habitants ?Comment les clubs sportifs et les activités culturelles contribuent-ils à réduire la violence et à prévenir la déviance chez les jeunes ?Les quartiers stigmatisés souffrent-ils de marginalisation, notamment en matière d’aménagement urbain et de services publics ?Quel est le rôle des institutions de sécurité dans la garantie de la sécurité sociale et leur impact sur la violence urbaine ?

Objectifs du projet :Nous chercherons à mettre en lumière la réalité des quartiers stigmatisés dans le milieu urbain, à identifier la concentration et les types de violence, à connaître les jeunes concernés et à analyser le rôle de la société civile (associations et clubs sportifs) dans la prévention de cette violence. Nous examinerons également les efforts d’intégration des habitants et proposerons une description réaliste de la violence urbaine dans la ville nouvelle Ali Mendjeli.

Objectifs à long terme :L’étude permettra de publier les résultats au sein du Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle d’Oran et ouvrira de nouvelles perspectives pour la recherche sur les villes et leurs problématiques.

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