Les projets d’avenir entre perspectives et réalité chez les étudiants de l’université d’Oran

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : L’université et ses acteurs
Résumé

La problématique que nous proposons dans cette recherche porte sur les projets futurs des étudiants de l’Université d’Oran et sur les mécanismes qui interviennent dans leur détermination. Nous tenterons d’étudier ce sujet à travers quatre axes principaux : la poursuite des études, l’accès à l’emploi, la migration et le mariage. Ces projets futurs sont souvent considérés comme prioritaires par les étudiants en raison de leur importance dans la vie individuelle et de l’impact qu’ils peuvent avoir sur leur parcours. Nous chercherons également à identifier et à mettre en évidence la priorité accordée à chacun de ces projets futurs ainsi que les moyens utilisés par ce groupe social pour les réaliser, en adoptant une approche socio-anthropologique combinant des techniques quantitatives et qualitatives pour l’enquête de terrain et l’analyse.

Problématique

L’avenir est un sujet très ambigu et difficile à cerner, il se situe au niveau des représentations et est, par la même occasion, le reflet du vécu et du quotidien [1] des personnes concernées. Une caractéristique qui fait de lui un phénomène captivant. En effet, comprendre comment les personnes se représentent l’avenir et se projettent dans le temps va mettre en exergue les diverses mécanismes qui agissent sur leurs choix, décisions et parcours.

Les questions relatives à l’avenir sont aujourd’hui très importantes, notamment au cœur d’une société moderne où les trajectoires des individus sont devenues beaucoup moins linéaires. En effet, si auparavant l’individu passe de l’enfance vers la vieillesse par des étapes socialement et culturellement prédéfinies qui ne nécessite généralement pas une planification approfondie. Commençant par le travail, le mariage et la fondation d’une nouvelle famille, la mise au monde d’une progéniture et l’indépendance de la famille d’origine, le mariage des enfants et l’extension vers une famille élargie, et finissant avec la vieillesse et l’acquisition du statut du grand-père ou de grand-mère. Au jour d’aujourd’hui, les statuts et les rôles ne sont pas acquit de manière aussi linéaire. La période de jeunesse se voie de plus en plus prolongée en raison de l’instabilité professionnelle et de l’allongement du cursus scolaire, et le seuil du passage vers l’âge adulte est de plus en plus estompé. Les étapes de la vie ne sont plus aussi claires et sont devenue des sujets de grandes préoccupations et de projections. Ce qui donne à la définition des projets d’avenir une place très importante dans la vie des individus, en particulier des étudiants, population concernée par notre travail de recherche, qui sont en phase de préparation d’une future situation professionnelle et sociale à travers les études et les diplômes qui en découlent.

La problématique qui nous intéresse donc dans ce vaste sujet qui est l’avenir est celle des projets que définissent cette catégorie de la société et des configurations qui interviennent dans leurs définitions. Et ce, sur quatre principales questions qui sont : la poursuite des études, l’accès au travail, l’émigration et le mariage. Des projets qu’on estime être des étapes cruciales dans la vie d’une personne et qui contribuent à marquent au fer rouge son passage de l’âge de la jeunesse à celui de l’adulte mûre et responsable[2]. Ces projets sont souvent considérés comme prioritaires étant donné l’importance de leur impact sur la vie des personnes et de l’influence qu’ils peuvent exercer sur sa trajectoire.

Le projet de poursuivre les études peut orienter les étudiants à accéder à des paliers plus élevés dans les études supérieurs, comme le master et le doctorat, afin d’augmenter leurs employabilités et leurs chances d’accéder à des professions et à des positions sociales valorisantes et valorisées. Tandis que le projet de trouver du travail oriente les étudiants beaucoup plus dans une voie professionnelle qui peut aller jusqu’à quitter les études supérieur dans le cas où ils décrochent un travail stable ou pour une formation professionnelle qui leur offrirait plus de chances d’accéder à ce dernier ou de lancer leur propre activité. Par ailleurs, le projet de mariage souligne quant à lui le désir des étudiants à fonder leur propre foyer, à chercher une stabilité familiale, et par la même occasion à vouloir accéder à une certaine autonomie relativement à la famille d’origine.

En ce qui concerne le projet d’émigration, ce dernier peut porter l’une des trois dernières motivations citées, voire toutes en même temps. Les étudiants peuvent définir l’émigration comme projet d’avenir à travers l’objectif de continuer leurs études à l’étranger, de décrocher un visa de travail ou de se trouver un conjoint leur permettant de régulariser leur situation dans le pays de migration. Dans ces trois cas, la motivation de migrer peut être liée au désir d’accéder à de meilleures conditions de vie.

Sur un plan théorique, deux acceptations peuvent être empruntées pour expliquer la définition des projets d’avenir des étudiants.

Une approche individualiste à travers les théories du choix rationnel en mettant au premier plan la dimension stratégique et rationnelle [3] des individus qui privilégient leurs intérêts et leurs valeurs à ceux de leurs communautés. Une dimension qui peut s’exprimer par exemple à travers l’ambition des étudiants pour accéder à certaines positions professionnelles et sociales et aux nombreux privilèges qui s’en suivent.

Et une approche déterministe, à travers la théorie structuraliste des capitaux, où la position des individus dans les espaces sociaux, ou dans ce qu’appelle P. Bourdieu [4] les champs, est relative à l’agrégation de quatre capitaux dont : le capital social, le capital économique, le capital culturel et le capital symbolique ; et qui composent, ce qu’appelle également ce dernier, des habitus. Une configuration qui peu de manière analogique déterminer la définition des projets d’avenir chez les individus de manière générale et les étudiants de manière particulière.

La définition des projets d’avenir va ainsi être déterminée par un ensemble de configurations sociales, économiques, culturelles et symboliques qui caractérisent l’environnement de chaque individu. De sorte que l’étudiant va envisager son avenir en fonction de son vécu et des représentations qu’il se fait de lui et, par exemple, des possibilités d’accès aux diverses rôles de l’âge adulte. Comme l’accès à la vie en couple et à un travail stable lui procurant une ressource financière continue et une autonomie. Des configurations comme le sexe et ce qu’il peut véhiculer comme charges culturelles et symboliques, l’origine sociale, la situation financière, le niveau de formation, le type de formation, les diplômes obtenus…

Sur un autre volet, l’intérêt de se pencher sur le sujet des projets d’avenir n’est pas obsolète. En effet, la question de l’accès à certains rôles sociaux reste problématique [5] en Algérie. L’accès à l’emploi stable, étant devenue encore plus difficile[6], et avec lui les diverses autres commodités comme la fondation d’une nouvelle famille[7], peut pousser par exemple certains étudiants à voir dans la migration une alternative et projeter de la réaliser. En effet, chaque année, de nombreux étudiants quittent le pays pour poursuivre ou entamer des études à l’étranger. Selon les données du Campus France[8], pour l’année 2020, 31 022 étudiants d’origine algérienne ont été en mobilité internationale, avec une destination dans 74 % des cas vers a France.

L’objectif par cette étude est donc de mettre en exergue la configuration des projets d’avenir des étudiants de l’université d’Oran 1 et 2 et les modalités de leurs définitions. Aussi, de dégager les niveaux de priorité de chaque projet et les moyens prévus par cette catégorie sociale pour les réaliser. Et ce, à travers une approche socio-anthropologique associant des techniques d’enquête et d’analyse quantitatives et qualitatives. D’une coté, par la distribution d’un questionnaire sur une large population d’étudiants afin d’avoir une vision élargie sur les tendances générales de notre objet de recherche, et de l’autre côté, par la réalisation d’entretiens dans le but de développer une analyse approfondie et détaillées sur notre problématique.

[1] Salhi K., « Entre un avenir de rêves et un futur rêvé : l’ambivalence des jeunes dans l’élaboration de leurs projets d’avenir ». Insaniyat, n o 55-56,2012, p. 44.

[2] Galland O., Sociologie de la jeunesse , Armand Colin, 3 e éd., Paris, 2001,p. 135. Cicchelli V. et Merico M., « Le passage tardif à l’âge adulte des italiens : entre maintien du modèle traditionnel et individualisation des trajectoires biographiques ». Horizons stratégiques , n o 4, 2007, p. 72.

[3] Boudon R., « Théorie du choix rationnel ou individualisme méthodologique ? ». La découverte , Revue du MAUSS, n o 24, 2004, p. 281. Coenen-Huther J., « Les sociologues et le postulat de rationalité ». Revue européenne des sciences sociales , tom XLVIII, n o 145, 2010, p. 5.

[4] Delas J.‑P. et Milly B., Histoire des pensées sociologiques, Éd. Dalloz, Paris, 1997, p. 253‑254

[5] Hadibi M. A., « Projets en fragments et avenir de jeunes de Kabylie ». Insaniyat , n o 49, 2010, p. 43

[6] Selon les données de l’ONS, sur la population qui forme les 11,4% de chômeurs, 27,8 % sont diplômés de l’enseignement supérieur, et 62,9 % sont répertorié dans la case du chômage de longue durée. Par ailleurs, les données soulignent aussi que 28,1 % de la population occupée sont dans un emploi temporaire ou stagiaire. ONS, activité emploi et chômage en mai 2019 , n o 879, p. 3, 4, 8 et 9. Des indicateurs qui démontrent une réelle difficulté de déboucher sur un travail stable et permanant, notamment pour les diplômés de l’enseignement supérieurs qui ont fait un long cursus scolaire dans l’objectif d’accéder à une activité satisfaisante.

[7] La situation étouffée du marché de l’emploi a eu comme conséquence le report de l’âge du premier mariage a été estimé au dernier recensement de la population de 2008 à 32,9 pour les hommes et 29,1 pour les femmes. ONS, Rétrospective Statistique 1962 – 2020, p. 63.

[8] Site officiel du Campus France : https://ressources.campusfrance.org/publications/mobilite_pays/fr/algerie_fr.pdf

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