L'émigration des femmes algériennes : du regroupement familial au projet migratoire autonome

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Harga et migrations
Mots-clés : Accompagnement Exil Migration Migration féminine Pays d’accueil Pays d’origine Projet

Problématique

Le projet d'établissement que nous présentons est un projet nouveau qui s'inscrit dans le contexte général de l'étude du phénomène migratoire algérien à travers les travaux d'Abdelmalek Sayad. Il se base sur les outils et moyens méthodologiques qu'il a fournis dans ses recherches, tout en tenant compte de l'évolution et du changement de rythme de ce phénomène par la suite.

Abdelmalek Sayad (1933-1998), surnommé le « sociologue de l'immigration », est considéré comme l'un de ceux qui ont enrichi les études sociologiques sur les migrations en général, et l'immigration algérienne en particulier. Dans ses travaux, il s'est surtout concentré sur la question de l'immigration des Algériens vers la France, compte tenu de l'histoire coloniale entre les deux pays. L'immigration était alors une nécessité, tant pour le colonisateur qui avait besoin d'une main-d'œuvre bon marché pour lancer son économie, que pour le colonisé qui vivait dans l'extrême pauvreté en raison de la politique de déplacement forcé et des regroupements imposés par le colonisateur, rendant l'immigration interne ou externe une solution inévitable.

Cependant, l'immigration algérienne a évolué et changé, passant d'un transfert où l'immigré part seul ou avec sa famille pour chercher du travail (dans un système purement économique), comme le montrent les études de Sayad, à l'entrée dans une ère ouverte sur de nouveaux horizons. L'immigré y adopte désormais des stratégies rationnelles et utilitaires pour réaliser son projet de vie, qu'il soit économique, scientifique, culturel ou sportif, ce qui a conduit à l'émergence de nouvelles formes de migration.

Selon les travaux de Sayad, l'immigration algérienne vers la France était avant tout masculine. On ne trouve pas dans ses écrits d'études spécifiques sur la migration féminine ; la femme y est évoquée soit comme accompagnatrice de son mari dans le cadre du regroupement familial, soit lorsqu'il aborde le problème des enfants d'immigrés ou des deuxième et troisième générations, comme dans son article « Les enfants illégitimes ».

Puisque la situation des immigrés est liée aux changements survenus dans le pays d'origine, les formes de migration et les acteurs en son sein se transforment, et leurs stratégies évoluent. Pourtant, les recherches consacrées au phénomène migratoire n'ont accordé d'importance à la femme qu'en tant qu'épouse ou mère dépendante de l'homme. En effet, depuis des années, des femmes algériennes sont venues en France pour rejoindre leurs maris, même si elles pressentaient les difficultés qui les attendaient, de peur de perdre leur époux s'il restait trop longtemps seul.

Ainsi, suite aux lois françaises sur l'immigration permettant le regroupement familial, la migration des femmes n'existait que sous le prisme de la dépendance au mari. L'immigration algérienne a longtemps été une migration de travail peu qualifiée. La plupart des immigrés étaient analphabètes et sans expérience industrielle, cantonnés aux travaux pénibles délaissés par les Européens. Si tel était le cas des hommes, la situation des femmes était encore plus précaire, leur seule activité possible étant souvent le travail domestique.

Après la fermeture des frontières européennes, le renforcement des contrôles, et suite à la « décennie noire » en Algérie marquée par le chômage et la marginalisation, de nouveaux horizons se sont ouverts. L'accès à l'information via Internet et l'attrait du monde occidental ont nourri l'imaginaire des jeunes des deux sexes pour franchir les frontières par tous les moyens vers « l'Éden promis ». C'est ainsi que la femme a commencé à s'affirmer dans cette nouvelle phase migratoire, touchant toutes les catégories sociales et professionnelles.

Ce nouveau visage de la migration féminine est devenu un acteur majeur. Bien que présente depuis la seconde moitié du XXe siècle via le regroupement familial, certaines études estiment que cette forme ne relève pas de la « migration féminine » proprement dite. Le passage vers le statut d'acteur autonome est un phénomène récent. Les femmes partent de plus en plus « seules » ; dans certaines régions, leur présence dépasse celle des hommes, et leur taux d'activité se rapproche de celui des autochtones.

Ce changement s'explique par les mutations de la société algérienne, notamment dans l'éducation et l'emploi. Désormais, même dans les milieux traditionnels, la migration des femmes n'est plus un tabou et est parfois encouragée. Les femmes (divorcées, célibataires, veuves ou mariées) cherchent à améliorer leurs conditions de vie par le travail. Cette quête d'émancipation les pousse parfois vers les formes les plus dangereuses de migration, comme la migration clandestine (Harraga).

Quant aux catégories qualifiées (médecins, enseignantes, chercheuses), elles ne migrent plus pour rejoindre un mari, mais pour se construire une place sociale et professionnelle autonome avant de fonder une famille. Elles sont aujourd'hui les homologues des hommes tant sur le plan administratif que social à leur arrivée.

Problématique du projet : Quel est l'ampleur du phénomène de la migration féminine algérienne actuelle ? Quelles sont ses caractéristiques ? Et quels sont ses impacts sociaux, économiques et culturels sur la société en général et sur la famille en particulier ?

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