Le sacré dans la poésie algérienne. De l'époque ottomane à la fin du colonialisme français

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Langues, expressions littéraire et artistique

Problématique

Connaître l’histoire de la littérature algérienne et se forger une idée précise du passé culturel de l’Algérie, de l’époque ottomane jusqu’à la fin de l’occupation française, implique de dresser un tableau clair de la vie culturelle durant cette période.

L’Algérie a donné naissance à de nombreux poètes qui nous ont légué un patrimoine considérable. Ce patrimoine reflète la pensée et l’expérience littéraire de ces poètes à travers les différentes étapes de leur vie et les recueils qu’ils ont laissés. Sans aucun doute, cette poésie véhicule de nombreux aspects de la pensée et de la culture arabes, mais une grande partie reste encore méconnue, et ce que nous en connaissons aujourd’hui n’est qu’une infime partie. À titre d’exemple — sans être exhaustif — on peut citer le recueil « Poèmes algériens », qui comprend des poèmes de poètes tels que Ibn Ammar, Ibn Ali, Ahmed Al-Manjelati, Ibn Maimoun, Ibn Ras Al-Ain, entre autres.

Notre projet vise à mettre en lumière un aspect de la poésie algérienne lié au phénomène du sacré pendant la période évoquée. Il nous apparaît que la production poétique de cette époque était abondante, mais que l’esprit du soufisme y dominait. Presque chaque poète possédait au moins un poème à thème religieux ou soufi. Par exemple, ‘Abd al-Karim al-Fakoun, auteur de « Manshūr al-Hidaya », a composé plus de sept cents (700) vers en louange du Prophète Muhammad ﷺ. Ibn Maryam, dans son ouvrage « Al-Bustan fi Dhikr Awliya Tlemcen », rapporte des informations sur les poètes de Tlemcen et de Constantine. Quant à ‘Abd al-Rahman al-Akhdari, brillant dans toutes les sciences, il a composé un poème didactique intitulé « Al-Qudusiya fi al-Tasawwuf » qui comporte trois cent cinquante-sept (357) vers pour en faciliter la mémorisation. Parmi les poètes de renommée internationale figure Ahmed al-Maqri, dont la production littéraire abondante est devenue une référence pour les chercheurs et les spécialistes.

Par « sacré », nous entendons ici les connotations religieuses et soufies présentes dans le corpus poétique algérien, telles qu’elles ont été façonnées par l’imaginaire populaire. Les origines de la poésie algérienne sont historiques, issues des souffrances et des expériences du peuple algérien, et reflètent une image spécifique de la réalité sociale de l’époque.

Le concept de sacré doit être adapté aux spécificités culturelles de la société, loin des interprétations anthropologiques qui opposent systématiquement le sacré au profane, ou, autrement dit, le religieux au mondain, comme l’ont théorisé certains chercheurs occidentaux tels qu’Emile Durkheim et Mircea Eliade. Dans l’histoire culturelle islamique, il n’existe pas de séparation stricte entre religieux et mondain, et l’idée de profane ne recouvre pas nécessairement tout ce qui est mondain. Ainsi, notre conception du sacré dépasse cette dichotomie, applicable aux sociétés occidentales et à d’autres contextes. Néanmoins, notre étude se concentre sur les contextes psychologiques et sociaux du phénomène du sacré dans la poésie algérienne, à la fois selon une perspective systémique (analyse linguistique et stylistique) et une perspective contextuelle (analyse du contenu spirituel et affectif).

Ainsi, la poésie algérienne, tant classique que populaire, regorge de manifestations du sacré : la louange du Prophète Muhammad ﷺ, la célébration de sa naissance, de sa jeunesse, de sa mission et de ses qualités, le désir de visiter les lieux saints et leur description, la louange des membres de sa famille et des compagnons, des grands saints et soufis, le recours aux saints pour intercéder, ainsi que la description des festins et des fêtes religieuses.

À titre d’exemple — sans exhaustivité — on peut citer le lyrisme soufi d’Abu Medyen Chouaib al-Tlemceni et de l’émir Abdelkader, le poète du Prophète Sidi Lakhdar Ben Khlouf, ainsi que l’éloge des saints chez Mustafa Ben Ibrahim et Abdelkader Batabji.

Le texte religieux chez ces poètes est omniprésent tout au long de leur vie : ils tissent pour leurs sujets de louange, tels que les saints, une image mythique mêlée de significations religieuses. Cela rend le lexique poétique du sacré riche en termes et en connotations linguistiques.

Les œuvres de ces poètes méritent d’être étudiées pour leurs perspectives religieuses et soufies, qui ont largement façonné l’imaginaire populaire algérien et contribué à la préservation des composantes de l’identité nationale. Sans la résistance spirituelle de ces poètes, les efforts de l’occupation française pour effacer l’identité algérienne et détruire ses fondements auraient été bien plus efficaces.

La poésie algérienne, marquée par un esprit patriotique et la défense de la liberté et de la dignité, constitue un enregistrement fidèle du pouls social, culturel et religieux. Elle relate de nombreux événements, suit les révoltes algériennes successives et enregistre victoires et défaites, combattant l’injustice et la tyrannie sous toutes ses formes. Cette vigueur est animée par un esprit religieux islamique, visible dans la poésie de louange prophétique, le soufisme, l’éloge des saints et la description des festins et fêtes religieuses.

À partir de ce constat, les principaux objectifs de cette étude peuvent être énoncés :

Faire revivre et documenter le patrimoine poétique algérien de la période ottomane jusqu’à la fin de l’occupation française, en collectant les textes dispersés sous forme de manuscrits et en les mettant à la disposition des chercheurs.Montrer l’importance sociale, historique et nationale de cette poésie en soulignant son rôle crucial dans la formation de l’imaginaire populaire algérien, en particulier l’élément du sacré.Mettre en évidence les coutumes et traditions liées aux rituels religieux et spirituels de la société algérienne telles qu’elles sont reflétées dans la poésie du territoire étudié.Étudier les manifestations du sacré dans le patrimoine poétique algérien en analysant son lexique poétique.Explorer la structure de la sensibilité algérienne et son interaction avec la réalité historique et ses transformations sociales et politiques, à travers ses expressions esthétiques dans la poésie.
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