Le Khroub : du village à la villa-santé

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Villes et pratiques urbaines

Problématique

L’Algérie indépendante a hérité d’une armature urbaine largement concentrée dans la zone nord-est du pays. Celle-ci s’appuie sur un réseau de villes mais essentiellement de villages coloniaux qui ont constitué un maillage territorial répondant à une stratégie d’occupation et à une fonctionnalité en rapport avec la vocation socioéconomique de cette période. Dans ce maillage, les villes et villages ne sont pas le résultat d’un processus génésique uniforme ; la géographie et l’histoire régionales ont pesé ,autant que les choix politiques cohérents avec les prévisions coloniales de l’époque, et ont influé sur la forme, la taille et l’importance du site de l’établissement humain.A la faveur de politiques urbaines de développement, -et aussi des contraintes démographiques et socio-économiques non maîtrisées-, des villages sont devenus des villes. La vitesse de leur croissance n’a pas été sans incidences sur l’espace consommé, souvent phagocyté, autant que sur la société urbaine surprise par les différentes mutations induites par ces politiques souvent définies dans l’urgence.La ville du Khroub illustre parfaitement ce cas de noyau villageois rapidement mis dans l’échiquier de villes moyennes avec son cortège de conséquences. Des conséquences que l’on saisit à l’échelle spatiale (étalement urbain, dysfonctionnement urbain, déséquilibres écologiques, croissance démographique effrénée) mais aussi à l’échelle des difficultés dans l’émergence d’une vocation fonctionnelle qui la singulariserait dans sa relation à la métropole de Constantine, dont elle absorbe les dynamiques urbanistiques. Ville créée non pas dans l’ombre de Constantine mais dans la trajectoire de celle-ci , l’histoire urbaine du Khroub éclaire la problématique de l’identité urbaine dans toutes ses composantes (Axes Sahli Saouli).Village à vocation agricole originelle, il s’était doté d’un marché à bétail qui le mettait dans un réseau « soukier » régional voire national puisque son marché à bestiaux était classé deuxième à l’échelon national après celui d’El Harrach, dans la banlieue d’Alger.Sa gare, datant de la période coloniale, confirmait et reprenait à son compte sa position géographique qui est celle d’un carrefour important. A la sortie du sud de Constantine, le Khroub est toujours le passage obligé pour quitter Constantine vers le sud (Biskra,Ouargla..), le sud-est (Tebessa,Souk Ahras) le sud-ouest (Oum el Bouaghi,Khenchela) l’est (Guelma) et l’ouest ( Setif ,par chemin de fer). La gare et le souk étant des équipements complémentaires ont insufflé à la ville un caractère marchand et commercial national durant un siècle. De plus la ville du Khroub a bénéficié durant les années 80 d’une position de choix dans la région comme marché à produits multiples (l’informel et le « trabendo ») jusque à ce que Tajenanet, Ain Fakroun,El Eulma lui contestent cette position,et qu’elle se reconcentre sur le marché à bétail .Du village agricole et village carrefour, la structuration spatiale porte encore les marques. Celle-ci est organisée autour du parcellaire agricole et est articulée autour des édifices fondateurs des villages coloniaux : une mairie, une église et une école. Elle est également déterminée par la route nationale n°03.La route « nationale » ancienne, axe structurant la trame villageoise réalise cette ambivalence de l’ouverture et de fermeture : la ville est ainsi rattachée à son environnement parce qu’elle est l’espace obligé de passage de la capitale régionale vers son territoire. Cette ouverture n’exclut pas le sentiment de la conscience de propriété et d’appropriation (« ridna »). En témoigne cette liberté qu’avaient les filles du village qui se promenaient sur la route nationale en tenue traditionnelle dans les années 70. Ville ouverte qui sait marquer une forme d’identité dans la reconnaissance du caractère d‘autochtonie à des familles au nombre certes restreint, cette ambivalence joue sans doute dans l’enracinement de toutes les populations qui se sont installées au Khroub depuis un siècle.L’Algérie indépendante a injecté des zones industrielles infléchissant sa vocation économique première. Ainsi sont implantées deux zones industrielles d’importance inégale (Oued hamimine- Tarf).A ces vocations s’est greffée une troisième, elle en voie de construction et réoriente la recherche identitaire car elle le met dans une sphère inédite, celle de la ville santé, et ce depuis 1996. En effet, le pouvoir local conscient de la nécessité de s’inscrire dans une nouvelle volonté politique et managériale avec des mesures et des indicateurs objectifs de ce choix a opté pour la nouvelle orientation statutaireAujourd’hui El Khroub est l’unique ville algérienne qui a adopté la démarche de la ville santé (Axe Aberkane).La proximité de Constantine, métropole régionale et ancienne capitale de la Numidie, ville à forte charge historique, a sans doute pesé dans sa formation et dans le processus de son évolution largement engagé dans la prise en charge des problèmes de la ville de Constantine. Cette situation singulière est aussi handicapante dans l’émergence d’un statut identitaire en rapport avec ses potentialités aussi variées que nombreuses. Celles-ci sont à chercher dans l’histoire urbaine, sa position géographique régionale, sa part dans l’économie régionale. En fait il s’agit de replacer la ville d’El Khroub dans le processus génésique de sa formation en conjuguant les impératifs socio-économiques, largement déterminés par les orientations de développement national et régional.Cette recherche dans l’assise identitaire n’est pas sans conséquences sur l’espace et la société urbaine. La ville a connu un accroissement urbain rapide (4000 habitants en 1962, 150.000 en 2006) et un des corollaires est sans doute la structuration sociétale qui se trouve ainsi largement tributaire de l’histoire urbaine de la ville. Elle en est partie prenante. Suivre la trajectoire familiale des premières familles installées au Khroub, est un faisceau capable d’éclairer un pan de l’histoire de la ville et représente un paramètre important dans l’identité urbaine. Ces premières familles sont noyées en nombre, du fait essentiellement du déferlement humain qui a suivi l’étalement urbain puisque la ville se développe d’abord pour soulager Constantine de son trop plein démographique.Le mouvement sportif notamment l’équipe de football (ASK) est un acteur de l’identité de la ville et s’avère un segment certain dans la construction de la citadinité (Axe Messaci-Rehail)La lecture de l’évolution urbaine de la ville est à replacer dans l’histoire ancienne de cette ville qui contribue à livrer les faisceaux annonciateurs de la place qui lui sera consacrée. Au départ l’emplacement de la ville est au centre d’un triangle défini par le terreau nourricier de la capitale de la Numidie, Cirta. En témoignent les inscriptions épigraphiques qui font état de l’établissement humain certes dispersé mais largement révélateur de l’existence de ressources à même de justifier une installation humaine. Lieu d’implantation de fermes importantes, la présence du tombeau de Massinissa,(dont la sauvegarde et la mise en valeur ne commence que plus d’un demi-siècle après l’indépendance), rappelle la place du site dans la couronne urbaine de la capitale de cet Aguellid qui a marqué l’histoire de l’Algérie.Cette pluralité dans ses orientations statutaires lui assoit une position particulière tant dans la couronne constantinoise que dans l’armature urbaine nationale.

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