Le foncier forestier dans le Nord-est de l’Algérie : dynamiques spatiales et pratiques sociales

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Villes et pratiques urbaines
Résumé

Le foncier forestier constitue un enjeu majeur pour la gestion durable des territoires, car il se situe au croisement de plusieurs défis environnementaux, économiques et sociaux, notamment la conservation de la biodiversité, la gestion des ressources naturelles et les droits d’usage des populations locales. Dans le bassin méditerranéen, ces enjeux sont accentués par les pressions liées à l’urbanisation, à l’agriculture, aux incendies de forêt et aux effets du changement climatique, rendant la gouvernance des espaces forestiers particulièrement complexe.

En Algérie, où la majorité des forêts relève du domaine public et représente environ 12 % du territoire national, la gestion du foncier forestier est confrontée à de fortes pressions humaines telles que l’expansion urbaine, l’exploitation des ressources, l’agriculture et les projets d’aménagement. Ces pressions, combinées aux incendies fréquents, à la déforestation et aux phénomènes de désertification, fragilisent les écosystèmes forestiers et compromettent leur durabilité.

La problématique centrale consiste donc à comprendre comment les pressions humaines et les multiples usages du foncier forestier influencent la dynamique des forêts algériennes et leur gestion durable. Cette recherche vise à analyser les dynamiques spatiales du foncier forestier, les modes de gouvernance et les interactions entre les différents acteurs, afin d’identifier les conditions permettant une gestion plus intégrée et durable des forêts, notamment dans l’Est algérien.

Problématique

Le foncier forestier, qui englobe l’ensemble des terres destinées à la gestion et à la conservation des forêts, constitue un enjeu stratégique majeur pour la durabilité écologique, sociale et économique des territoires. Dans un contexte mondial marqué par des pressions environnementales croissantes, le foncier forestier se trouve au croisement de plusieurs problématiques complexes, telles que la conservation de la biodiversité, la gestion des ressources naturelles, les droits fonciers des communautés locales, ainsi que les effets du changement climatique (Lala Razafy, 2012 ; Gaudillière, 2024 ; Verdeaux, 1999). La gestion de ce foncier repose sur un équilibre délicat entre exploitation économique, préservation des écosystèmes et respect des droits des populations vivant à proximité des forêts, tout en prenant en compte, la pluralité des régimes fonciers qui varient selon les contextes nationaux et locaux (FAO, 2020 ; Le Bouler, 2024).

Les modèles de propriété des terres forestières sont particulièrement diversifiés. Dans certains pays, les forêts sont essentiellement publiques et sous gestion étatique, comme c’est le cas en Algérie, tandis que dans d’autres, elles sont majoritairement privées ou régies par des systèmes coutumiers (Fernande, 2017). Cette diversité de régimes fonciers engendre des défis spécifiques liés à la gouvernance forestière et à la mise en œuvre de politiques de conservation ou de gestion durable (Guérin-Turcq, 2023). En effet, les conflits liés aux droits d’usage, à la gestion des ressources et à l’accaparement des terres sont fréquents, notamment dans des régions comme l’Afrique subsaharienne et l’Asie, où les forêts sont souvent perçues comme des espaces à exploiter plutôt que comme des ressources à préserver (Ott-Duclaux-Monteil, 2013).

Le bassin méditerranéen, véritable carrefour de cultures et de biodiversité, est également un espace de plus en plus soumis à des pressions environnementales et socio-économiques qui rendent la gestion des ressources naturelles, notamment des forêts, particulièrement complexe. Le foncier forestier, qui englobe l'ensemble des terres dédiées à la gestion des forêts, est au cœur des débats sur l'aménagement du territoire, la conservation de la biodiversité et le développement durable. Dans cette région, les forêts, bien qu'elles couvrent une superficie relativement réduite, jouent un rôle fondamental dans la régulation des écosystèmes, la protection des sols et des eaux, la conservation de la biodiversité, et servent de ressource essentielle pour les communautés locales, notamment à travers l'exploitation du bois, le pâturage ou la récolte de produits forestiers non ligneux (Khaldi & Lanly, 2019 ; FAO, 2018). Cependant, la gestion de ce foncier forestier est de plus en plus complexe en raison de l'urbanisation croissante, des pressions agricoles et industrielles, de la gestion des risques d'incendie, ainsi que des effets du changement climatique.

Dans ce contexte, les régimes fonciers et les modèles de gestion forestière varient considérablement à travers les pays méditerranéens, marqués par des traditions et des histoires différentes de propriété et d’exploitation des forêts. Les différences dans les régimes fonciers génèrent des tensions sur les usages du foncier, entre développement économique, conservation des écosystèmes et protection des droits des populations locales (Verdeaux, 1999). Par ailleurs, la fragmentation de la propriété forestière, accentue la difficulté de mettre en œuvre une gestion cohérente et durable des forêts, avec des enjeux de coordination entre les acteurs publics, privés et communautaires.

Les défis écologiques liés au foncier forestier dans le bassin méditerranéen sont exacerbés par le changement climatique, qui intensifie les sécheresses et augmente la fréquence et la gravité des incendies de forêt, menaçant la résilience des écosystèmes forestiers méditerranéens. De plus, les communautés locales, souvent dépendantes des ressources forestières pour leur subsistance, se trouvent confrontées à des processus d'accaparement des terres, d'urbanisation et de déforestation, tout en devant répondre à des impératifs de conservation environnementale. La gestion des forêts dans cette région nécessite donc une approche intégrée, prenant en compte les enjeux environnementaux, économiques et sociaux tout en assurant une gouvernance inclusive et efficace.

L'Algérie, pays aux paysages contrastés et à la biodiversité riche, fait face à des défis environnementaux majeurs, notamment en ce qui concerne la gestion de ses ressources forestières. Le foncier forestier en Algérie, qui représente environ 12% du territoire national, joue un rôle essentiel non seulement dans la conservation des écosystèmes et la lutte contre l'érosion, mais aussi dans la subsistance de nombreuses communautés rurales. Cependant, la gestion de ce foncier est confrontée à une série de problèmes complexes, allant de la dégradation des forêts, des incendies fréquents, à la pression croissante des activités agricoles et urbaines. Ces défis soulignent la nécessité d'une réflexion approfondie sur les régimes fonciers, la gouvernance et les politiques publiques liées aux forêts en Algérie, un pays où les tensions entre conservation des ressources naturelles, développement économique et droits des populations locales sont omniprésentes (Seddik Haichour & Benabdeli, 2022 ; Abdelfettah, 2014).

L’enjeu majeur pour le foncier forestier en Algérie réside, essentiellement, dans l’intensification des phénomènes de déforestation et de dégradation des sols, notamment sous l’effet des incendies de forêt, qui touchent régulièrement les régions côtières et montagneuses. Ces incendies, amplifiés par les effets du changement climatique, causent des pertes écologiques considérables et aggravent les risques de désertification. En outre, l'accaparement des terres forestières pour des projets agricoles, touristiques ou immobiliers, ainsi que la fragmentation des forêts publiques, exacerbent les difficultés liées à la gestion durable du foncier forestier (Benabdeli, 2016 ; BNEDER, 2009). Ces phénomènes entravent non seulement la conservation de la biodiversité, mais aussi la capacité des forêts à remplir leurs fonctions écologiques essentielles, telles que la régulation du climat et la protection des ressources en eau.

Dans ce contexte, il devient impératif de comprendre comment les régimes fonciers et les mécanismes de gouvernance influencent la gestion durable du foncier forestier en Algérie ? Comment une coopération entre les différents acteurs pourrait améliorer la résilience des forêts face aux défis actuels ?

La gestion du foncier forestier algérien est marquée par des dynamiques complexes, où les pressions humaines, notamment l'urbanisation, l'agriculture intensive, le développement des infrastructures et l'exploitation illégale des ressources forestières, exercent une influence déterminante sur la dynamique de l’espace forestier, sur l’utilisation des terres forestières et sur la durabilité des écosystèmes forestiers (Direction Générale des Forêts, 1999).

Au cœur de cette problématique se trouve une question cruciale : comment les pressions humaines, à travers diverses formes d'usage du foncier forestier, modifient-elles la dynamique des forêts algériennes et influencent-elles leur gestion durable ? En effet, les forêts, largement dominées par des régimes fonciers publics, sont soumises à des pratiques d'exploitation souvent peu coordonnées et parfois contraires aux objectifs de conservation proclamés par l’État. Les tensions entre différents usages et usagés (agricole, pastoral, récréatif, et forestier) se multiplient, les modèles de gouvernance sont fragmentés et la gestion intégrée des espaces forestiers se raréfie.

La question des pressions humaines sur le foncier forestier en Algérie se pose particulièrement dans les zones périphériques des grandes agglomérations, où les besoins de développement urbain et industriel entrent en conflit avec la préservation des espaces naturels. D’un autre côté, dans les zones rurales, la déforestation progressive liée à l'exploitation du bois de chauffage, à l'agriculture extensif et à la construction d’infrastructures villageoises, contribue à une fragmentation accrue des paysages forestiers. Ces pressions humaines, couplées à des phénomènes environnementaux tels que la désertification et les incendies récurrents, entraînent une dégradation rapide des écosystèmes forestiers, compromettant ainsi leur résilience face aux changements climatiques et aux risques de dégradation des sols (borsali, 2013 ; bouzid et al, 2021 ; Centre Technologic Forestal de Catalaunya, 2015).

La problématique centrale de ce projet de recherche est donc de comprendre comment les pressions humaines, à travers la multiplicité des usages du foncier forestier en Algérie, influencent les dynamiques de gestion des forêts et impactent leur durabilité à long terme ? Quelles sont les conséquences des modes d’utilisation actuels du foncier forestier sur la structuration du territoire, la conservation des écosystèmes forestiers et la régulation des conflits d’usage ? Comment les politiques publiques peuvent-elles répondre de manière efficace à ces enjeux ?

Pour y répondre, cette recherche se propose d’explorer cette problématique en analysant les dynamiques spatiales du foncier forestier dans l’Est algérien, en étudiant les mécanismes de gestion durable des forêts, en décryptant les impacts des politiques publiques actuelles sur les pratiques locales d’exploitation du foncier forestier. Il s’agit de mettre l’accent sur les interactions entre les différents acteurs (administration publique, collectivités locales, acteurs privés) dans la gestion du foncier forestier en particulier et des forêts en général. Il s'agira également d’étudier l'impact de la croissance démographique, des dynamiques économiques rurales et de l’urbanisation sur les forêts, tout en analysant les solutions innovantes qui pourraient favoriser une gestion plus équilibrée et durable des ressources forestières.

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