La résistance algérienne entre histoire et mémoire (1945-1962)

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Histoire et rapport à la mémoire nationale

Problématique

La résistance algérienne à l’occupation coloniale demeure notre héritage. Pour notre génération comme pour celles à venir, elle continuera d’irriguer notre horizon et nos recherches.

Notre projet a l’ambition d’étendre le champ d’investigation à l’ensemble du territoire national. Nous souhaitons que toutes les wilayas historiques fassent l’objet d’investigations sur les thèmes transversaux que nous aurons définis. Notre vœu est d’aboutir à la production de textes sur l’histoire de la résistance à l’échelle des différentes wilayas (y compris la 7°[1]) ? Sur des itinéraires de militants, femmes ou hommes, en ville ou à la campagne, sur les lieux de mémoire, sur des évènements particuliers (massacres, rafles, manifestations…).

Pourquoi ? Deux raisons majeures plaident en faveur de ce choix.

D’une part, l’historiographie de la résistance algérienne bénéficie d’une formidable accumulation depuis l’indépendance (1962). Si l’on y ajoute la publication de témoignages et mémoires des acteurs impliqués dans le mouvement national, à travers toutes ses composantes, force est de reconnaître l’importance de la constitution d’une mémoire voire des mémoires où la production savante demeure paradoxalement la part pauvre.

Dans une recension parue dans Insaniyat[2], nous n’avons pas manqué de signaler le poids de la mémoire des acteurs impliqués et l’importance de leurs témoignages sur l’engagement politique dans un contexte difficile marqué par la domination coloniale. Quelques textes révèlent l’existence de conflits internes, règlent leur compte au passage, informent des réalités de la clandestinité et des difficultés du maquis. Leur lecture ne peut passer inaperçue des historiens. Une des particularités et pas des moindres réside dans la rupture avec l’unanimisme qui a prévalu autour de la représentation idyllique de la résistance.

De ce point de vue, la mémoire en devenant publique, s’est affranchie des contraintes de garder le secret sur des sujets considérés comme tabous. Et si l’effet de fragmentation semble porter atteinte à la représentation unitaire de la mémoire, s’il a provoqué des crispations ici et là, il a l’avantage de permettre l’énonciation de véritables questions historiques qui insèrent la résistance dans un processus global dépassant les seuls aspects militaires ou l’événementiel anecdotique. Envisagée dans un tel contexte, l’écriture de l’histoire de la résistance s’enrichit de la complexité des dynamiques sociales, de leur ambivalence, de leurs contradictions, sans nier pour autant la singularité des expériences individuelles. Il en résulte une multiplication des champs d’études si caractéristiques de « l’histoire problème » (Henri Lefebvre) et une distanciation par rapport à la seule commémoration.

Distanciation mais non oubli de la commémoration. La perspective du cinquantenaire de l’indépendance (5 juillet 2012) constitue la seconde raison qui milite en faveur de notre projet.

Les diverses contributions que nous comptons publier à cette occasion confirmeront que l’historisation de la résistance a franchi un seuil décisif et attesteront de la pertinence des choix qui ont été privilégiés.

Il convient de préciser que cette résistance/et ou résistances dont les approches sont rivées au temps court, n’a (n’ont) de sens que si l’on ne perd pas de vue son/leur inscription dans la longue durée des dynamiques à l’œuvre en situation coloniale (Georges Balandier).

[1] La 7° Wilaya est l’appellation de la Fédération du FLN en France. Cf. Ali Haroun, La 7° Wilaya, la guerre du FLN en France, 1954-1962 Paris, Le Seuil, 1986.

[2] Cf. le numéro 25/26 de la revue Insaniyat, publié à l’occasion du cinquantenaire du déclenchement de la guerre de libération nationale.

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