La dénomination des institutions éducatives en Algérie : une étude socio-onomastique

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Toponymie et anthroponymie
Mots-clés : Dénomination anthroponymique Noms des institutions Noms propres Onomastique Patrimoine culturel Système de dénomination algérien

Problématique

Le nom véhicule des modèles sociaux et culturels, ainsi qu’une appartenance identitaire avant tout. Il reflète les coutumes et les traditions de la société dans laquelle il apparaît. À ce titre, le système de dénomination des lieux et des personnes constitue un objet d’étude majeur qui requiert une analyse rigoureuse et approfondie, compte tenu de la charge symbolique et de l’impact social que porte le nom. L’Algérie figure parmi les pays qui s’efforcent de développer ce système de dénomination, la nomination des lieux étant devenue une nécessité civilisationnelle en raison de son influence sur la vie des individus. Elle constitue l’un des moyens scientifiques et pratiques adoptés par les villes développées à travers le monde.

Dans cette perspective, l’acte de nommer — qui consiste à attribuer un nom à une personne ou à un lieu — ne saurait être considéré comme anodin. La toponymie, en particulier, renferme l’histoire sociale, l’environnement géographique, voire les dimensions animale et végétale. Ainsi, les équipements publics, par exemple, sont souvent nommés afin d’honorer des personnalités qui se sont distinguées dans un domaine donné (martyrs de la Révolution, figures artistiques, scientifiques, littéraires, grands sportifs, philosophes, etc.).

Parmi les formes de dénomination des lieux figure celle des institutions éducatives. Cette pratique a suscité de nombreux débats quant aux modalités de nomination, notamment en raison de l’absence de signification explicite de nombreux noms attribués aux écoles primaires, collèges et lycées algériens. On observe ainsi des établissements portant le nom du quartier, d’autres identifiés par un simple numéro, ou encore des écoles portant des noms anonymes, alors même que l’histoire culturelle, intellectuelle et révolutionnaire de l’Algérie regorge de figures et de références symboliques.

Dans ce contexte, une décision gouvernementale émanant du ministère des Moudjahidine a été adoptée, prévoyant la dénomination des institutions éducatives par des noms de martyrs de la guerre de libération nationale et d’événements historiques. Ce texte juridique soulève de nombreuses interrogations quant aux critères retenus pour la dénomination, ainsi qu’aux raisons et motivations ayant conduit à l’application de cette décision dans le cadre de la nomination ou de la renommée des établissements scolaires.

À travers cette recherche, et à la suite d’une analyse approfondie des résultats issus du terrain, nous nous proposons de mettre en lumière les modalités de dénomination afin de restituer des images et des pratiques ancrées dans la réalité du champ étudié — à savoir les institutions éducatives des wilayas de Blida, d’Alger, de Biskra et de Souk Ahras.

Ce travail s’inscrit parmi les projets de recherche innovants visant une étude scientifique des processus de sélection des noms des institutions éducatives, à partir de leur contenu scientifique, artistique et culturel, en cohérence avec la nature de l’établissement auquel ce nom est attribué dans le système éducatif algérien.

Cette situation relative au processus de dénomination nous conduit à nous interroger sur les critères adoptés : quelles sont les raisons et les motivations du choix des noms ? Existe-t-il réellement une autorité chargée d’orienter et de réguler le processus de dénomination des lieux, et en particulier des établissements scolaires ? Si tel est le cas, comment ce processus est-il mis en œuvre et sur quelles bases repose-t-il ? Dans la mesure où la dénomination constitue un outil pédagogique, quel est l’impact de ces appellations sur les enfants scolarisés ?

Dans cette recherche, nous tenterons d’identifier les fondements de ces pratiques de nomination à travers une analyse exhaustive de l’ensemble des noms des établissements scolaires du pays. Il s’agira d’établir une cartographie des dénominations — autrement dit, une cartographie nominale des écoles — afin de mettre en évidence les principaux dysfonctionnements dans le choix des noms (répétition des appellations, incohérences, ou caractère arbitraire de la dénomination, etc.).

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