La Communauté, le Local et l'État : question de reconnaissance. Monographie des communes d'Oum El Adhaim (Djelfa) et de Ramka (Relizane)

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Familles, femmes, enfance et personnes âgées et la question de la solidarité
Mots-clés : Formation
Résumé

Ce projet prend pour point de départ l’intervention présentée lors du sixième Congrès du Conseil arabe des sciences sociales (2023) sur la construction d’une approche théorique critique visant à étudier comment les sciences sociales ont pensé le local en Algérie après l’indépendance. Le projet s’appuie sur des accumulations de connaissances développées pendant plus de trois décennies au sein du Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle d’Oran, ainsi que sur les résultats de colloques scientifiques portant sur l’avenir des sciences sociales dans le monde arabe, les espaces publics, les protestations sociales et les relations entre groupes et société après 2011, en plus des lectures des publications de la revue Insaniyat, qui a produit 99 numéros thématiques variés jusqu’à fin 2022.

Le projet se concentre sur l’étude des connaissances produites sur le local de manière critique, en les confrontant à la perspective centrale/totalisante, et sur la discussion de la différence et de sa reconnaissance dans les études sociales antérieures. L’étude s’appuie également sur une expérience de terrain non publiée portant sur les relations entre situation communautaire et situation sociétale à Ghardaïa (2009-2016) et sur les enseignements tirés d’investigations anthropologiques menées auprès d’acteurs locaux pendant les périodes de stabilité et de conflits communautaires.

Les études antérieures montrent que les connaissances produites sur des sujets tels que la communauté nationale, la jeunesse, l’école, la famille, les mouvements de protestation, le système de parenté, la mémoire nationale, la référence religieuse et la mosquée présentent souvent des divergences avec les indicateurs du contexte local, notamment en matière de mémoire, de territoire, de système de parenté et de conflits de légitimation. Il apparaît également que les conflits récurrents dans certaines régions ne sont pas circonstanciels mais présentent des éléments structurels liés à la mémoire, au territoire et à la parenté, avec l’apparition de nouvelles dimensions générationnelles.

Le projet souligne que l’approche critique du local est nécessaire pour élargir la construction des connaissances sociales, se libérer de la « pensée d’État » et de ses approches centralisées, et renouveler les connaissances des générations précédentes. Il met en évidence que la faible présence du local critique dans les études sociales post-indépendance est liée aux effets du paradigme développemental et idéologique des années 1970-1980 et à l’influence des institutions universitaires et du discours étatique central, ce qui a marginalisé la reconnaissance de la différence et exclu la vie quotidienne des « gens ordinaires » de l’analyse.

L’étude monographique des communes d’Ouled Djellal (Djelfa) et Ramka (Relizane) montre que la pauvreté, l’isolement géographique, le faible niveau de formation et le manque de ressources éducatives et sociales influencent directement la réussite scolaire et la qualité de vie, en particulier dans les zones rurales défavorisées. Elle montre également que les politiques centralisées traitent souvent ces disparités de manière circonstancielle ou administrative sans prendre en compte les spécificités locales.

Le projet vise à produire des données qualitatives permettant de relire les travaux classiques en anthropologie maghrébine, en portant attention aux thèmes insuffisamment explorés, tels que la reproduction culturelle dans les contextes locaux et la compréhension des systèmes symboliques matériels et culturels et de leurs normes, indépendamment des indicateurs centraux.

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