Insertion socioprofessionnelle des jeunes diplômés du supérieur et politique publique de l’emploi en Algérie

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Jeunesse et inclusion sociale : emploi, formation et loisir
Mots-clés : Agences d’emploi Chômage Diplôme universitaire Économie algérienne Insertion socioprofessionnelle Marché du travail Politiques publiques de l’emploi Réformes économiques Secteur informel

Problématique

Le modèle de développement économique centralisé des années 1970-1985 en Algérie a pu produire trois phénomènes important à savoir : la réduction sensible du volume du chômage et ce grâce à la création de plus d’un million de nouveau poste de travail dans le secteur public; le développement du salariat qui avait atteint 75% de la population active.

et enfin, l’émergence et l’élargissement des couches moyennes et ce grâce à deux instances génératrices de mobilité sociale ascendante: la croissance économique soutenue et la massification de l’enseignement.

Mais cette politique de « plein emploi » n’était pas accompagnée hélas par des performances et des rendements conséquents au niveau des travailleurs et des entreprises publiques. Dans raisons essentielles expliquent cette défaillance :

*la priorité donnée par l’Etat à la fonction sociale au détriment de la fonction économique puisque le mérite et l’efficience n’étaient pas des priorités majeures de l’Etat.

*la prédominance de la logique des qualifications à la place de la logique des compétences et l’obligation des résultats au niveau du management des entreprises publiques.

Les réformes institutionnelles, économiques et politiques libérales engagées après 1990 s’inscrivent dans une tentative de rupture avec le système d’organisation centralisée et administrée par la mise en place des mécanismes de l’économie de marché.

- Ces réformes ont été menées dans un contexte caractérisé par une grave crise économique (baisse brutale des prix du pétrole en 1985) suivie d’une crise politique ayant générée une vague de violence (émeutes des jeunes en octobre 1988 et terrorisme (1992/2000)

- Par ailleurs, les mesures économiques et sociales contraignantes prises par l’Etat sous les directives des experts de la politique d’ajustement structurelle (1994/1997) ont généré des phénomènes nouveaux notamment dans la structure et le fonctionnement du marché du travail. D’abord, des mutations profondes sont à l’œuvre dans l’organisation du travail (avec le retour au taylorisme sauvage) au niveau des relations de travail dans les entreprises, marquées de plus en plus par l’abandon des rapports fordistes et l’importance accordée au développement des ressources humaines qui peinent à se concrétiser et à s’imposer dans la sphère culturelle des entreprises publiques.

Au niveau de la configuration du marché du travail nous constatons que :

La structure de l’emploi en Algérie a connu un changement radical. Les enquêtes « emploi auprès des ménages », réalisées régulièrement chaque année par l’Office National des Statistiques depuis 2004,fait réagir A. Bouyacoub[1][1] sur les changements de la répartition de la main d’œuvre en Algérie qui ne se limite pas seulement entre la période de 1990 à 2003, et que les tendances de «l’effritement de la condition salariale », « la privatisation de l’emploi » et « l’augmentation de l’emploi non déclaré et de l’emploi administratif » semblent être des éléments structurants la nouvelle configuration de l’emploi en Algérie depuis le début des années 2000.

*la réduction des effectifs en surplus dans les entreprises publiques par différentes formules comme les retraites anticipées et les départs volontaires etc.

L’installation et la prédominance de nouvelle formes et contrat de travail comme la dépermanisation de l’emploi le CDD, la mobilité du travail et des travailleurs, le travail marchand informel et à domicile.

*L’émergence de nouvelles qualifications notamment dans le secteur des services qui ont déstabilisés l’équilibre entre l’offre et la demande dans le marché de l’emploi.

Ce déséquilibre est dû en partie aux dysfonctionnements constatés au niveau du rapport entre le système éducatif et de la formation professionnelle et le secteur économique utilisateur avec le recours de ce dernier au marché interne de l’emploi.

* Développement du secteur privé de type familial notamment le secteur des services employant une main d’œuvre sous qualifiée et sans protection sociale.

Les données statistiques de l’ONS en notre possession montrent les tendances suivantes du chômage :

1997 2000 2004 2007 2010 2013

2049 2430 1.670 1.374 1.076 1.000

26.4% 29.7% 17.7% 13.8% 10% 9.8%

Si le chômage connait une nette augmentation entre 1997 et 2000 dûs essentiellement aux licenciements collectifs et les départs anticipés des travailleurs du secteur public, en revanche une tendance à la baisse continue du chômage après 2000 est perceptible à cause de trois événements:

Démarrage de grands chantiers et de projets

Aides financières substantielles destinées aux paysans et les travailleurs de la terre en général.

Généralisation des dispositifs institutionnels d’aides à l’insertion des jeunes par la création des structures comme l’ANGEM ,ANEM,ANSEJ,CNAC,ADS etc…

Alors dans cette nouvelle posture, il serait intéressant de faire un état des lieux des modalités d’insertion des jeunes diplômés pour non seulement mieux appréhender les caractéristiques du chômage et aussi faire une évaluation des dispositifs institutionnelles d’aides à l’emploi afin d’ en apprécier leur efficacité et leur efficience en Algérie.

Question centrale et hypothèses de travail:

Quelle est la part des différents acteurs à savoir l’individu lui, l’Etat et ses institutions, l’environnement familial dans la réussite ou l’échec dans le processus d’insertion des jeunes diplômés du supérieur confrontés aux problèmes du chômage et de l’inactivité ?

Hypothèses de travail :

1/Le processus d’insertion socioprofessionnelle est-il une affaire d’héritage et de reproduction (Bourdieu et Passeron) ou bien est-ce une question du mérite, de talent (rôle de l’école) sinon serait-elle une affaire de chance et le fruit du hasard (stratégies des acteurs)?

2/Quelle est la part, le poids des dispositifs institutionnels d’aide à l’insertion professionnelle des diplômés universitaires dans les modes de structuration de leur vie professionnelle et sociale ? Autrement dit, existe-t-il des profils ou une typologie des insertions socioprofessionnelles

[1][1] Ahmed BOUYACOUB ( 2006), « Emploi et croissance en Algérie 1990-2003 » , in Musette Mohamed et Hammouda Nacer Eddine ( sous la direction) , La question de l’emploi au Maghreb central, Alger, Cread, p 137-150.

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