Généalogies et la construction de l’identité algérienne à l’époque ottomane (1500-1800) : cas de la région de Ghris dans la wilaya de Mascara

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Langues, expressions littéraire et artistique

Problématique

Cette traduction académique respecte le ton soutenu et rigoureux requis pour un projet de recherche en sciences humaines.

Titre : Les généalogies et la formation de l'identité algérienne durant la période ottomane (1500-1800) : La région de Ghriss (Mascara) comme modèle.

Cette recherche vise à étudier ce qui a été dit et écrit sur les généalogies dans la région de Ghriss, située dans la wilaya de Mascara [1], au cours de la période ottomane (1500-1800), à travers un travail de collecte, de classification et de transcription. Ce sujet s'inscrit dans la démarche du système de recherche scientifique en Algérie, qui aspire à contribuer à la documentation des questions relatives à l'identité nationale et aux moyens de sa préservation.

Le corpus généalogique joue un rôle primordial dans la formation de l'identité algérienne et son ancrage dans l'histoire, l'espace et la culture. Ce domaine continue de susciter un vif intérêt au sein de la société algérienne, car il exprime les composantes culturelles, sociales et éthiques de la personnalité algérienne. C'est un champ où s'épanouissent les pratiques discursives, les récits familiaux et le respect des particularités domestiques.

Durant la seconde moitié du siècle dernier, des études sérieuses et variées ont émergé sur les thèmes de la généalogie et de l'ethnicité. Elles font aujourd'hui l'objet de publications croissantes en raison de leur rôle crucial dans la compréhension des récits et des relations qui animent les individus dans la production d'une culture sociétale. Néanmoins, la recherche demeure insuffisante par rapport aux travaux réalisés dans le Mashreq arabe.

À cet égard, les registres des tribunaux de la charia (Mahakma) de l'époque ottomane constituent un corpus d'une grande richesse, contenant des actes de successions et de propriétés sous la supervision du juge. Ces documents se distinguent par leur précision dans la mention des faits juridiques (mariages, divorces, naissances, décès), précisant le nombre, le statut et le rang des individus.

C'est dans cette optique que nous nous proposons de révéler les arcanes de la généalogie selon une approche scientifique et méthodologique s'appuyant sur des questionnaires et des études de terrain. La production socioculturelle (chants, célébrations) et les coutumes (rites nuptiaux, hospitalité, alliances) ont constitué les structures fondamentales des schémas culturels du discours généalogique. Ces éléments, piliers de l'ordre social et parties intégrantes de la culture locale, ont incarné une conscience culturelle génératrice de modèles artistiques et de pratiques créatives. Ainsi, la généalogie s'est structurée comme un phénomène à la fois culturel et sociétal dans cette région et à cette époque.

La région de Mascara est l'un des bastions de la science, de la culture et du djihad en Algérie [2], et constitue le cœur du « Territoire des Béni Rached » [3]. De nombreux travaux généalogiques y ont vu le jour, favorisant la diffusion d'une culture écrite et d'une tradition orale multidimensionnelle. Face au risque de perte de ces œuvres non recensées, il nous a semblé impératif d'entreprendre ce travail de sauvegarde. L'écriture généalogique est née d'un besoin social et de débats culturels liés aux mutations de la structure sociale et des liens de parenté. Le généalogiste (Nassaba) était alors le porte-parole de la tribu et son registre oral vivant.

Notre approche, relativement inédite, privilégie une perspective sociologique et anthropologique. La liste des auteurs de cette science en Algérie est longue, citons notamment :

Le poème didactique Bughyat al-Taleb d'Issa bin Moussa al-Tijini al-Ghrissi (m. vers 1060 H).Al-Silsila al-Wafiya de l'imam Ahmad al-Ashmawi (m. après 1729).Les écrits d'Abi Ras al-Nasiri, notamment Muruūj al-Dhahab.Tanwir Qulub Ahl al-Taqwa du juge Muhammad bin Abd al-Rahman al-Tlemçani.Yaqoutat al-Nasab d'Al-Arabi al-Mushrifi.

La plupart des recherches antérieures étaient compilatoires et narratives. Notre étude ambitionne d'élever ce sujet au rang de l'analyse académique en couplant l'étude des textes avec la recherche de terrain, à travers les axes suivants :

Comment le corpus généalogique a-t-il contribué à la formation de l'identité algérienne ?Pourquoi les auteurs ont-ils entrepris de documenter les lignages algériens et selon quelles spécificités ?Quel est le rôle des facteurs culturels et anthropologiques dans le choix et l'établissement du nom ?Le champ de la généalogie peut-il être considéré comme un vecteur de transmission identitaire entre les générations ?

[1] L'Émir Abdelkader considère que son nom d'origine est "Oum Al-Asakir" (Mère des Soldats). Voir : Émir Abdelkader, Mémoires, éd. Sghir Bennani et al., Dar Al-Omma, 1994, p. 27. [2] Yahia Bouaziz, Figures de la pensée et de la culture en Algérie, Vol. 2, Beyrouth, Dar al-Gharb al-Islami, 1995, p. 227. [3] Le Territoire des Béni Rached : S'étend sur environ 50 miles d'est en ouest. Ses terres sont fertiles et propices à l'agriculture. Voir : Hassan al-Wazzan (Léon l'Africain), Description de l'Afrique, trad. M. Hajji et al., Beyrouth, Dar al-Gharb al-Islami, 1985, p. 26.

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