Famille, Education, Santé mentale

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Familles, femmes, enfance et personnes âgées et la question de la solidarité
Mots-clés : Adolescent Conflit des générations Éducation Enfant Famille Filiation Médiation Modèles parentaux Personnes âgées Psychothérapies Santé mentale

Problématique

La recherche universitaire algérienne qui véritablement décollé au début des années soixante-dix, a connu un véritable bond qualitatif après 1980. Les études deviennent suffisamment nombreuses pour constituer un domaine relativement autonome, avec une prolifération d’enquêtes et une diversification des approches méthodologiques. Ces études mettent notamment en relief l’émergence des femmes dans l’espace social et politique, ainsi que la place de celles-ci dans le monde du travail (Femmes et insertion sociale, CRASC, 2005-2006) leur statut juridique à travers le code de la famille (la femme Algérienne, MDCFCF, 2005), etc. Les recherches sur la famille algérienne, depuis celle entreprise par entreprise par M. Boutefnouchet à la fin des années 70 et qui constitue une des premières tentatives[1] de déterminer la nature de la famille algérienne, son évolution et les traits caractéristiques des changements subis depuis l’indépendance, sont relativement nombreuses bien que parcellaires et parfois inconnues compte tenu de l’absence d’organes de diffusion des données de la recherche quelle soit universitaire ou dans les centres.

Il est certain que de nombreux bouleversements on affecté la structure de la famille algérienne depuis ce temps là, ce qui inévitablement a entraîné des transformations en son sein qui ont modifié son organisation interne, ainsi que la répartition des rôles psychosociaux dévolus à chacun de ses membres.

D’autres recherches durant et après ce qui est appelé la « décennie noire », mettent en relief de nouveaux aspects remettant en question certains acquis sur le travail des femmes, leur occupation de l’espace public, ainsi que des changements dans les rôles sociaux des différents membres de la famille (Psychosociologie, revue Champs 2006). D’autres études montrent les malaises au sein de la famille et les pathologies qui en découlent (Violences à l’égard des femmes, CRASC, 2006 ; suicide des jeunes CRASC, 2004-2007 ; Enfants abandonnés, 2006, Moutassem-Mimouni B./UNICEF)

Partant de ce raisonnement et surtout à partir d’études et d’enquêtes sur le sujet, nous pouvons considérer que la famille algérienne est en phase de transition, en quoi consiste ce changement ? Comment affectera-t-il les familles et les individus qui composent ces familles, selon leur niveau d’instruction, leur niveau socioéconomique et leur espace géographique ?

A ce titre, l’analyse et l’exploitation des enquêtes et études suivantes constituent un préalable à notre problématique, nous n’en citons que les plus importantes :

Depuis le début des années deux milles, de nombreuses études et enquêtes ont été réalisées sur la famille algérienne, tant par des secteurs ministériels (santé, famille et condition féminine, La Justice…) que par des centres de recherche (Crasc, Cread, Ceneap…)

· Ainsi, le ministère délégué chargé de la famille et de la condition féminine a réalisé une étude (2004) sur les transformations de la structure familiale. Cette étude a montré que la famille algérienne a connu de profondes mutations dont :

- la tendance croissante vers le modèle de la famille nucléaire qui représente désormais prés de 70% de l'ensemble des familles

- L’augmentation de l'espérance de vie de 53 ans en 1970, à 76 ans en 2006

- La participation plus active de la femme dans le monde du travail et l’émergence de nouveaux besoins*

- L’augmentation importante du taux de scolarisation, le taux global ayant atteint 97%

Ces résultats nécessite d’autres investigations pour déterminer l’incidence de ces changements sur l’équilibre de la famille pour étudier les nouveaux mécanismes à mettre en place pour qu’une évolution aussi positive que l’augmentation de l’espérance de vie ne se transforme pas en catastrophe ‘écologique’ : augmentation de la précarisation et des maltraitances envers les personnes âgées par exemple.

· L'étude récente du même ministère, réalisée par le CRASC, sur l'insertion socio-économique de la femme algérienne, démontre que 56 % des femmes actives ont moins de 40 ans, 20 % entre 24 et 29 ans et 21 % entre 20 et 24 ans. Le taux de femmes universitaires actives est plus élevé que celui des hommes. L'étude a également montré que le marché du travail enregistre :- Une augmentation de la main-d’oeuvre féminine et l'émergence de femmes d'affaires ainsi que l'augmentation du niveau d'instruction chez les femmes actives.- 54,5% des femmes interrogées participent à la prise de décisions importantes au sein de leurs familles.- 59,7 % des femmes accomplissent elles-mêmes leur droit de vote.

Là également, il faut s’interroger sur les effets que cette évolution du statut des femmes sur l’équilibre familial et en particulier celui des enfants : y a-t-il les institutions de prise en charge en quantité et en qualité pour les enfants des femmes travailleuses et non travailleuses qui désirent (et ont besoin !) se faire seconder dans leurs taches éducatives et de soins ?

· Vu l’importance de la catégorie sociale « jeunes » en Algérie (65% de la population) le même secteur (MDCFCF) a réalisé une étude bibliographique sur les adolescents en Algérie. Les résultats de l'étude ont permis d'élaborer une approche touchant cette catégorie de la société et visant une meilleure prise en charge des questions relatives à cette tranche d’âge.

Les jeunes constituent la catégorie la plus fragile en Algérie, c’est eux qui souffrent le plus du chômage et surtout de la mal vie et qui vont se jeter par dizaines dans la mer dans l’espoir d’échapper à une vie sans espoir et sans saveurs !

· Enfin, parmi les études d’actualité, nous pouvons citer l’étude du ministère de la solidarité nationale abordant la question épineuse des enfants privés de famille, des mères célibataires et des foyers pour enfants assistés. Cette étude montre le développement des familles monoparentales (mères célibataires) et l’évolution de la législation.

Là également, il est important de se questionner sur les nouvelles parentalités, mais aussi sur les risques qu’elles peuvent générer : la monoparentalité est un modèle à risque (isolement, déséquilibre des images identificatoire, risque de maltraitance, etc.

Toutes ces données induisent des changements des comportements au sein de la famille algérienne, surtout si on y ajoute le fait que depuis près de deux décennies, l’Algérie traverse une période de transition vers l’économie de marché après avoir traversé une décennie meurtrière (et mortifère) qui a bouleversé de nombreuses données traditionnelles qui régulaient et servaient de repères. En effet, les déplacements de milliers, voire de centaines de milliers de familles des zones difficiles où régnait l’insécurité vers les villes ont considérablement surchargé ces dernières, perdant par là même toute cohésion et entraînant une aggravation des problèmes de l’emploi, du logement, etc. Ceci va contribuer à l’éclatement de familles entières et l’apparition de familles dont certains membres étaient divisés (et on peut même dire déchirés) sur le plan idéologique et par voie de conséquences sur le plan social et affectif.

Ces bouleversements ne vont pas sans affecter le devenir de ces familles et agir sur leur fonctionnement. Ceci nous amène à formuler l’hypothèse suivante :

Les perturbations au sein de la famille (tant sur le plan sociologique que psychologique) ont forcément des effets sur la santé sociale et sur l’équilibre des relations au sein de la famille. La santé mentale, sociale des enfants et des adolescents ne risque t-elle pas d’être affectée par ces chamboulements ? Fragilisée, quotidiennement sous pressions de toutes natures : sociales, religieuses, économiques, etc., les familles sont-elles en mesure de maintenir l’équilibre nécessaire au bien-être de leurs membres (d’où le phénomène du suicide et des tentatives de suicide, de délinquance, de violences multiformes, de harragas, de psychopathologie, des kamikazes, etc.). Ce type de familles en difficultés seraient-elles en mesure de prendre en charge les membres âgés ou souffrants de maladie ou de handicap ?

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