Dynamiques des représentations des langues et des répertoires verbaux des étudiants d’Afrique subsaharienne en mobilité universitaire en Algérie. Approche sociolinguistique

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : L’université et ses acteurs
Résumé

Depuis de nombreuses années, l'anglais est la première langue mondiale dans les domaines de la science, de la technologie et des affaires, car elle est essentielle au partage des connaissances et à l'innovation. Son importance s'est accrue avec la croissance technologique et la communication mondiale. L'anglais est désormais indispensable pour accéder à la recherche et participer à des conversations internationales. Le ministère de l'enseignement supérieur en est conscient et a lancé des initiatives visant à utiliser l'anglais comme langue d'enseignement dans diverses matières, dont l'économie, afin d'aligner l'enseignement supérieur algérien sur les normes mondiales. Toutefois, les enseignants et les étudiants sont confrontés à des difficultés, notamment en économie, en raison de leurs compétences limitées en anglais et du manque de ressources telles que des dictionnaires. L'absence d'un dictionnaire bilingue anglais-arabe pour les termes économiques crée des difficultés significatives, affectant l'apprentissage et l'engagement professionnel. Pour résoudre ces problèmes, le projet propose de créer un dictionnaire économique anglais-arabe en ligne pour aider les éducateurs, les apprenants et les professionnels.

Problématique

Le nombre d’étudiants en mobilité internationale est en progression constante. Selon l’Institut de Statistiques de l’UNESCO, ce nombre est passé de 2 à 5,3 millions entre 1998 et 2017 et il pourrait atteindre les 9 millions en 2027. Cette mobilité internationale, soutenue essentiellement par les pays les plus développés (Amérique du nord et Europe notamment), à travers des stratégies d’attractivité (bourses, programmes d’échanges, internationalisation des établissements…) est une réalité qui comporte des enjeux politiques, économiques et socioculturels dont les apports ne sont plus à démontrer à l’heure de la mondialisation (Mazzella, 2009). La mobilité académique, qui s’inscrit dans le cadre plus général de la migration internationale, a fait l’objet de plusieurs recherches en sociologie (Labdellaoui, 2019, Musette et al, 2019), en démographie, en didactique des langues (Meunier, 2011) et en sociolinguistique (Thamin et Calinon, 2019). Notre projet s’inscrit dans le droit fil des recherches en sociolinguistique et porte sur la dynamique des répertoires verbaux des étudiants d’Afrique subsaharienne en mobilité universitaire en Algérie. Il s’agira notamment d’étudier les « relations bidirectionnelles et dynamiques entre le processus de construction du répertoire plurilingue et le contexte de mobilité des sujets » (Ambrósio, Araújo E SÁ, Simões, 2015 : 9).

Il est à préciser que depuis plus d’une décennie, le nombre des étudiants issus des pays d’Afrique subsaharienne en mobilité académique en Algérie est en évolution croissante. Ainsi, on notera à la suite Aomar Baghzouz (2017 : 40) que « L’Algérie a accueilli des milliers d’étudiants africains, notamment francophones, depuis l’indépendance » même si le nombre a chuté depuis l’arabisation de certaines filières scientifiques (ibid.). Selon les données du CREAD, « en 2014, le stock établi par le MESRS s’élève à 8 748 étudiants étrangers provenant de 63 pays du monde, 80% de l’Afrique, 14% du Moyen Orient, 6% de l’Asie et 1% de l’Europe (CREAD, 2019) » (Labdellaoui, (2019 : 213). Outre les étudiants en provenance des pays francophones, la population entrante et encadrée en Algérie, issue de l’Afrique subsaharienne, compte aussi des étudiants de plusieurs pays du commonwealth dont des anglophones, des lusophones et des hispanophones. Hormis cette configuration plurilingue relevant du passé colonial, les langues africaines constituent un capital linguistique intragroupe permettant de tisser des liens sociaux entre les étudiants en mobilité pour qui ces langues sont pratiquées dans le pays d’origine.

Les raisons de cette focalisation sur la dynamique des représentations et des répertoires verbaux (voire de la mobilité linguistique) chez des étudiants originaires des pays africains (notamment ceux issus des pays non francophones) sont multiples :

- L’absence d’études sociolinguistiques portant sur la mobilité estudiantine à trajectoire Sud-Nord à l’intérieur du continent africain,

- La particularité du contexte universitaire où les étudiants vont poursuivre leurs études et qui est aussi un espace de socialisation langagière et culturelle. En effet, c’est un contexte marqué principalement par la prédominance du français qui est une langue d’enseignement dans pratiquement toutes les filières scientifiques ainsi que le choix de l’anglais comme langue d’études pour les étudiants inscrits dans le PAUWES – Tlemcen (Pan African University Institute of Water and Energy Sciences).

- Le plurilinguisme caractérisant les étudiants d’Afrique subsaharienne pour qui les langues héritées de la colonisation (français et anglais notamment) sont des langues de partage et remplissent une fonction véhiculaire.

Afin de définir les angles d’attaque de notre recherche, nous prenons appui notamment sur les orientations suivantes de Christine Deprez qui propose :

- de repenser le poids des terminologies existantes (langue maternelle, langue d’origine, langues d’appartenance, pays d’accueil…) et « celui de l’idéologie monolingue qui formate encore trop souvent nos analyses » ;

- d’aller vers une sociolinguistique du locuteur qui étudie la façon dont les situations de contact construisent les répertoires et les apprentissages. Donc s’intéresser à la façon dont sont élaborées les ressources mises en jeu dans les pratiques langagières ;

- de « réévaluer le rapport entre langue et espace mais aussi entre langue, identité et territoire » (2006 : 124-125).

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