Collecte et transcription du conte populaire dans le sud-ouest algérien

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Langues, expressions littéraire et artistique

Problématique

Le conte populaire, en tant qu’art populaire imprégné de valeurs humaines et sociales, occupe depuis toujours une place importante dans la mémoire collective des peuples du monde, étant étroitement lié à leur histoire et à leur culture. Pour cette raison, de nombreux chercheurs lui ont accordé une grande importance, reconnaissant son rôle dans la préservation de la mémoire sociale. Il s’agit donc à la fois d’un patrimoine, d’un art et d’une forme d’expression orale, portant en son sein un capital culturel dense, fruit d’un héritage collectif façonné par des accumulations historiques qui lui confèrent une spécificité locale. Ainsi, le conte populaire peut être considérée comme un phénomène social et littéraire, intimement lié à la mémoire individuelle et collective d’une société.

L’un des premiers intérêts pour ce domaine remonte à la Renaissance romantique, lorsque les peuples ont commencé à valoriser leur authenticité. La collecte de contes et de légendes a alors eu un impact considérable sur le patrimoine. Parmi les premiers collecteurs de contes dans le monde figurent les frères Grimm (1812) et Pello Ozero, en collaboration avec son frère Bours en 1915, ainsi que Theodor Benfey, qui rédigea une longue préface pour une série de contes indiens traduits en allemand.

En Algérie, le folklore a suscité un intérêt notable dès la première moitié du XXᵉ siècle avec les travaux de Mohammed Ben Cheneb, poursuivis par son fils Saad Eddine Ben Cheneb, qui publia certains contes d’Alger en 1949 (Conte d’Algérie), ainsi que des contes parus dans des revues comme As-Salam et Forge. Durant la période coloniale, certains orientalistes ont également contribué, même de manière limitée, à la collecte et à la transcription des contes, mobilisant des officiers français pour documenter les pratiques et croyances populaires, tels que Commandant Malingoud[1] (Contes bédouins, 1925), le colonel C. Trumulet et Alexandre Joly.

Face à cette perspective coloniale, plusieurs chercheurs algériens ont émergé pour étudier la culture populaire nationale, en créant des champs et thèmes de recherche. Parmi eux : Abdelhamid Bouraïou (Le conte populaire dans la région de Biskra, étude de terrain, 1986)[2], Omar Ibn Qina (Contes populaires d’Algérie, 1986 et Bint al-Hasb wa al-Nasab, 1983), ainsi que Abdelmalek Mertad et Mohammed Belhalfaoui, et la collecte de Zoulikha Mourad à Tlemcen (1974–1975, Contes arabes de Tlemcen, 1991). Il ne faut pas oublier les études portant sur le conte amazigh, incluant la collecte, la documentation et l’analyse académique, réalisées par des chercheurs tels que Tawes Amrouche et Mouloud Mammeri.

Objectifs du projet :

Le travail de terrain sur le patrimoine populaire, en particulier les contes populaires, est l’une des préoccupations majeures des chercheurs. Il est donc nécessaire de se rendre sur le terrain pour collecter et transcrire ces contes, et ainsi accélérer leur documentation et leur enregistrement (blog/recueil de contes populaires du Sud-Ouest algérien).

Objectifs à long terme :

Le conte populaire est l’un des éléments les plus riches de la littérature populaire du Sud-Ouest algérien. Cependant, il n’a pas encore reçu l’attention qu’il mérite de la part des chercheurs, en particulier pour sa transcription et son enregistrement auprès des conteurs, ce qui rend la plupart de ces contes vulnérables à l’oubli et à la perte, et donc une partie de notre mémoire orale immatérielle pourrait disparaître. Si ce patrimoine est exploité correctement, il peut servir aux générations futures pour développer leurs talents et leur créativité.

À travers ce projet, nous aspirons à collecter le patrimoine populaire, en particulier les contes du Sud-Ouest algérien, et à mettre en valeur la richesse de ce domaine, qui reste l’une des formes les plus répandues et utilisées des arts populaires à travers le monde. La présence de ce patrimoine contribue à la profondeur culturelle, civilisationnelle et humaine.

Face au manque de recherches de terrain dans ce domaine, nous avons décidé de nous engager pour sauver ce qui peut l’être, en collectant et en documentant ces contes du Sud-Ouest. Le transfert des contes des conteurs vers le support écrit est un processus délicat qui exige compétence et pratique, mais la nécessité de préserver la mémoire populaire et l’identité nationale nous pousse à accorder une attention particulière à la rédaction, à la transcription et à la conservation de leur forme et contenu originaux.

[1] Commandant Malingoud : Contes, Bédouins, revue Africaine, N° 65, Année 1925, p 54.

[2] عبد الحميد بورايو "القصص الشعبي في منطقة بسكرة، /م.و.ك .الجزائر 1986.

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