Conférence du CRASC: L’expérience migratoire illégale en France: Le cas des migrants clandestins algériens

Animée par Rim OTMANI, EHESS (France)

Le Lundi 22 février 2016 à 14h00.

(Au siège du CRASC).

 

 

Dans le cadre de mes recherches doctorales, je me suis intéressée à la migration clandestine des jeunes algériens de moins de trente ans. Cette migration transnationale considère l’Italie ou l’Espagne comme des zones de passages obligées avant de regagner la France étant la destination finale de ces migrants. A partir de terrains d’enquête multisitués (Annaba/Oran/Paris), je me suis appliquée à examiner les logiques et les mécanismes du processus migratoire illégal dans un contexte politique en dynamique et de plus en plus restrictif. Ce phénomène, intrinsèquement lié au contexte de départ, répond avant tout à des choix personnels et à des décisions individuelles dans une dialectique d’individualisation et d’ascension sociale. Il a été analysé au sein d’une configuration sociale collective engagée dans un processus de mobilité illégale difficile et risqué. L’originalité de ma recherche tient au fait que le phénomène de la migration clandestine, habituellement étudié dans le pays d’accueil ou dans le pays d’origine, a été étudiée et analysée entre les deux rives de la Méditerranée, en Algérie et en France, en se plaçant dans le mouvement même des acteurs migrants.
Dans une perspective sociologique compréhensive, j’ai tenté de saisir, d’un point de vue subjectif, les expériences migratoires illégales des acteurs migrants et d’analyser le lien social qui relie, dans le temps et dans l’espace, des individus au sein de réseaux migratoires clandestins. Cette analyse a permis d’appréhender la manière dont s’entrecroisent et s’ajustent des liens sociaux multiples, assemblés dans des relations de solidarité et de réciprocité qui garantissent l’invisibilité. Cette démarche a, d’une part, permis d’appréhender et d’identifier les stratégies d’autonomisation, d’autoorganisation et d’auto-intégration à travers des stratégies de survie et de gestion de l’imprévisibilité. D’autre part, elle a permis de démontrer comment le lien communautaire joue le rôle d’intégrateur de cette population qui vit à la marge de la société au point d’inventer une citoyenneté non-légale fondée sur une dimension strictement communautaire. L’intention était de prendre en considération la force des réseaux sociaux qui sous-tendent la migration clandestine et la capacité d’agir des migrants clandestins dans un contexte migratoire répressif et répulsif. Alors qu’elle constitue un défi pour l’Union Européenne, la migration clandestine des jeunes algériens a révélé un dysfonctionnement réel dans les politiques migratoires européennes et euroméditerranéennes.


Rim OTMANI, Docteure en sociologie.
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
Centre Maurice Halbwachs (CMH/CNRS)
Equipe de Recherche sur les Inégalités Sociales (ERIS)

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