Atelier méthodologique: Les enquêtes quantitatives et qualitatives en sciences sociales (les approches et les techniques)

Organisé par le CRASC / IRMC

Du 13 au 16 novembre 2016 à 09h00

(Au siège du CRASC).

 

Argumentaire :

Deux orientations majeures, sur le plan théorique et méthodologique, s’opposent en sciences sociales. La première, héritière de la pensée positiviste, cherche à édifier la connaissance sociologique sur le modèle des sciences exactes, en mettant au centre de l’analyse une explication de type causaliste fondée sur la recherche des déterminations sociales. Dans cette optique, il importe peu de s’attarder sur le savoir produit par les acteurs sociaux, car la connaissance « scientifique » produite par le sociologue est un dépassement du savoir ordinaire à travers la révélation des « causes réelles » à l’origine des faits observés, qui demeurent inaccessibles au sens commun. L’objectif de la démarche méthodologique qui s’inscrit dans cette première orientation est d’analyser le social comme une mécanique de variables dépendantes et indépendantes, déterminées et déterminantes, et de faire ressortir les corrélations qui puissent exister entre elles. Sur le plan proprement technique, elle repose sur des méthodologies et des instruments d’enquêtes axées sur la quantification et la mesure afin d’évaluer le poids respectif de ces variables les unes sur les autres : l’effet du chômage sur l’« extrémisme » religieux, l’éloignement de l’école sur l’abandon scolaire, etc. C’est le cas, entre autres, du questionnaire qui constitue une machine à produire des « chiffres explicatifs » (De Singly), par le biais d’un processus de « massification » qui fait évanouir l’expérience et le point de vue des acteurs sociaux.

La deuxième, s’inspirant du dualisme méthodologique de Dilthey, fait la distinction entre sciences de la nature et sciences de la culture, en postulant l’hypothèse que la connaissance sociologique est en définitive une connaissance de second degré qui procède par interprétation des significations que les acteurs sociaux ordinaires donnent à leur actions, à leur expérience et au monde social dans lequel ils évoluent. Dans cette perspective résolument « compréhensive » (dans le sens que donne Max Weber à la compréhension), la quête de ces « significations subjectives » et le retour sur les expériences des hommes et des femmes sont une nécessité méthodologique, car il n’y a aucune réalité en dehors de celle qui existe dans l’esprit des acteurs et qui se manifeste dans leurs discours. Les approches de facture qualitative mobilisant des outils d’enquête qui favorisent la production de discours, de catégories et de récits d’expérience de leur part, tel que l’entretien et la méthode biographique, sont au cœur de cette deuxième orientation.

La distinction entre ces deux orientations principales permet de saisir les motifs qui doivent commander le choix d’un type de méthode au détriment de l’autre. Ces motifs ne peuvent relever que de la nature de l’objet de recherche lui-même et du questionnement sociologique qui l’habite. S’agit-il d’un questionnement sur les effets et sur le poids relatif des déterminants sociaux que l’on peut formuler en termes de causes et de facteurs structurels, ou, au contraire, de l’exploration des représentations sociales portées par les individus, de leurs expériences sociales, des logiques qui commandent leurs actions, leur positionnement normatifs et les arguments qu’ils déploient pour en rendre compte ? Dans le premier cas, la méthode quantitative s’impose ; dans le second, le recours aux approches qualitatives est incontournable.

L’atelier méthodologique a pour objectif d’amener les doctorants à cerner la spécificité de chacune de ces méthodes et des techniques de collecte de données qu’elles utilisent. Comment construire un questionnaire et dans quelle finalité et commet traiter les données quantitatives que cet instrument génère ? Comment tirer profit des outils informatiques et des logiciels de traitement de données statistiques en la matière ? Quelles sont les règles auxquelles doit obéir la fabrication d’un guide d’entretien ou l’utilisation de la technique du récit de vie ? Et comment interpréter du matériau qualitatif en évitant, à la fois, le travers impressionniste et les dérives « objectivistes » ?

 

Le programme de l'atelier:

Rock for you